21 Février 2011

Les manifestations contre le régime au pouvoir au royaume de Bahreïn ont fait une "victime". Le Grand prix de Formule 1 de Sahkir, qui devait ouvrir la saison le 13 mars, a été annulé par les autorités du pays. Ce renoncement serait anecdotique s'il n'était pas symbolique d'un enracinement de la contestation du régime des Al-Khalifa.

Sur la place de la Perle à Manama, les protestataires bahreïnis qui campent depuis deux jours s'enhardissent et certains réclament désormais ouvertement la fin du règne de la dynastie des Al-Khalifa, lignée sunnite qui dirige l'archipel du Golfe persique depuis le XVIIIe siècle, un petit pays à majorité chiite. "Nous ne voulons plus des Al-Khalifa, ni de leur règne", lance, furieuse, Chérifa, une jeune femme drapée de noir, qui se dit déterminée à rester sur cette place symbole de la contestation populaire, où elle a passé la nuit. Le roi "Hamad est un criminel de guerre", affirme Chérifa, qui dit avoir été témoin de l'attaque sanglante des forces antiémeutes sur la place de la Perle jeudi à l'aube, qui a fait quatre tués et plusieurs blessés. Les manifestants sont revenus samedi camper sur la place, juste après le retrait de la police et de l'armée.

"Nous poursuivrons notre sit-in sur cette place malgré tout ce qui peut advenir", dit avec détermination Hassan Abdallah, un jeune étudiant bahreïni en Inde, actuellement en vacances dans son pays. "Sit-in, sit-in jusqu'à la chute du régime", répondent en choeur plusieurs centaines de protestataires en accueillant un groupe d'enseignants, venus exprimer leur solidarité. Une marche d'autres corps de métiers, dont des ingénieurs, pêcheurs, sportifs ou hommes d'affaires, mais aussi une marche d'étudiants, arrivent sur la place, rebaptisée "Place de la Libération" sur le modèle de celle du Caire, ou encore "Place des Martyrs" en souvenir des sept manifestants tués depuis le début du mouvement le 14 février.

Des slogans tels que "A bas les Al-Khalifa", "Démission Al-Khalifa", ou même "Le peuple veut la chute du régime", timidement scandés au début de la contestation, sont maintenant souvent répétés par une foule de jeunes notamment, exaspérés par la répression meurtrière de leur mouvement.

A chaque fois qu'ils s'adressent aux manifestants, les dirigeants de l'opposition les invitent pourtant à éviter les slogans blessants. Pour eux, l'ambition du mouvement est d'instaurer une monarchie constitutionnelle au sein de laquelle les Al-Khalifa n'auront plus la main haute sur les affaires de l'Etat. Pour signifier leur ras-le-bol, les protestataires ont affiché sur un panneau les portraits des huit Premiers ministres qui se sont succédé en Grande-Bretagne depuis 1971, date d'entrée en fonction de leur unique Premier ministre, l'inamovible cheikh Khalifa.

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