Les moyens en baisse pour la prochaine rentrée scolaire mobilisent fortement. Du côté des syndicats, et de la nouvelle coordination interétablissements. Avec deux manifestations concurrentes à la clé.

"Tous dans la rue le 19 mars!" "Tous en grève mardi 22 mars!" Les suppressions de postes pour la prochaine rentrée scolaire commencent à provoquer une forte mobilisation. Tellement forte que deux mouvements parallèles se font concurrence sur le terrain social. D'un côté l'intersyndicale où on retrouve pêle-mêle l'Unsa, la CGT, la FSU ou la CFDT, au sein d'un collectif plus large dont font aussi partie la FCPE ou des associations para-éducatives. Eux appellent à manifester samedi (lire ci-dessous).

De l'autre, une coordination interétablissements qui a commencé à faire parler d'elle la semaine dernière à Cognac, et tout au long de cette semaine à Barbezieux, avec des représentants, parents et enseignants, d'une bonne partie des collèges et lycées de Charente. Avec à la clé une grève et un rassemblement mardi prochain. Bien que modeste par sa taille, ce mouvement rencontre un fort courant de sympathie. «ça répond à un besoin, répond Pierre Faver, enseignant au lycée de Ruelle, l'un des organisateurs. Les parents d'élèves veulent savoir comment sauver un poste ici ou là, ou éviter d'être à 36 par classe.»

«Un mouvement de fond»

Boycott des conseils d'administration, occupation des établissements y compris la nuit, cahiers de doléances, les membres cherchent des façons différentes de se faire entendre. Un peu de la même façon que le collectif contre la réforme des retraites avait joué les poils à gratter durant tout le conflit...

«On ne veut pas d'étiquette syndicale», affirme Pierre Faver. S'il ne cache pas son appartenance à SUD éducation, il ne la met pas non plus en avant. Pourtant, à ses côtés, lors de l'assemblée générale (AG) du mouvement organisée lundi soir, on trouve Jean-Pierre Bellefaye, le leader de SUD en Charente et cofondateur du collectif contre la réforme des retraites. «Il y a un mouvement de fond avec une mobilisation à la base, apprécie ce dernier. On craignait que le mouvement social soit laminé, mais non...» En deux temps trois mouvements, avec l'efficacité de l'habitué, il installe tables et chaises où s'installe notamment Olivier Brunaud, l'un des initiateurs du rassemblement, par ailleurs trésorier départemental du syndicat national Force ouvrière des lycées et collèges (SN-FO-LC).

L'AG fait cohabiter parents inexpérimentés, étudiants en mal d'action, citoyens engagés, enseignants syndiqués ou non, et militants chevronnés. Face à face, Pierre Faver et Olivier Brunaud recadrent le débat autour de l'ordre du jour: la grève et le rassemblement du 22 mars, jour de la tenue du CTPA (lire ci-dessous). Et quand des maladroits évoquent la manif de samedi, Olivier Brunaud les renvoie sèchement promener: «Ce n'est pas nous qui organisons.»

Pourtant, les revendications sont bien les mêmes: contre les classes surchargées, les suppressions de postes, les fermetures de classes, les heures supplémentaires qui empêchent les recrutements, la disparition d'options ou de filières, etc. «Parce que le gouvernement a franchi une marche de trop cette année, estime Georges Tritz, le président départemental de la FCPE. Ça devient insupportable pour les parents. Il y a trop d'enfants sur la touche.» Son mouvement se retrouve des deux côtés, «parce qu'on pense que la place des parents est importante», justifie-t-il. Il voit un avantage au mouvement interétablissements: «Il faut qu'on trouve des actions locales. Je ne crois pas au grand soir.»

«Un surcroît de tension»

Du côté des syndicats, la coordination interétablissements donne de l'urticaire. Alain Héraud, secrétaire départemental du Snes-FSU, râle: «On n'a pas attendu la semaine dernière pour agir. ça fait des mois qu'on alerte sur les suppressions de postes. ça fait depuis 2009 qu'on annonce que la réforme des lycées va être une catastrophe.» Mais il temporise: «Ce qui est une bonne chose, c'est qu'on n'a jamais fait autant de bruit que cette année autour de la préparation de la rentrée scolaire.»

Pour Jean-Paul Pochard, du Snuipp, cette coordination doit son existence à «la concurrence dans le mouvement syndical». Mais «à partir du moment où on lutte contre les fermetures de classes, je suis pour.» Au SE-Unsa, Patricia Mortier trouve «regrettable qu'au lieu de se mobiliser tous ensemble, chacun prêche pour sa paroisse. Ce n'est pas à 10 ou 15 qu'on fait avancer les choses. Et leur lutte est la même que la nôtre.»

Pascal Lacoux, pour la CGT éduc-action, serait bien d'accord pour aider le mouvement à condition que «quand on monte des actions, ils soient là». «Le travers de ce genre de collectif, c'est qu'ils oublient vite ce qui se passe ailleurs.» A la CFDT, la responsable du Sgen, Annie Epinoux a son analyse: «On a une administration où il n'y a aucun lieu de négociation, aucune soupape de sécurité. Alors chacun cherche à faire avancer les choses à sa manière.»

Du côté des chefs d'établissement, éric Gajewski, principal de Barbezieux et responsable départemental du SNPDEN, s'inquiète: «Ces mouvements révèlent un surcroît de tension. ça donne une impression de radicalisation.» Lui a choisi son camp. Il sera présent avec une délégation de son syndicat, ce samedi à Poitiers: «On veut montrer notre inquiétude sur la qualité du service public.»

«Le mouvement social appartient à ceux qui se battent, estime Jean-Pierre Bellefaye. Il faut que chacun se dise: "C'est aussi mon affaire".»

Agenda

Vendredi 18 mars. Réunion à l'inspection académique du CTPD, comité technique paritaire départemental, pour les collèges charentais.

Mardi 22 mars. Réunion au rectorat du CTPA, comité technique paritaire académique, pour l'ensemble des collèges et lycées de la région.

Lundi 4 avril. Réunion à l'inspection académique du CTPD concernant les écoles charentaises.

Mardi 5 avril. Réunion à la préfecture du CDEN, comité départemental de l'éducation nationale, qui tranche, et détermine l'ensemble des moyens pour les premier et second degrés.

Deux actions au programme

Samedi 21 mars: manifestation académique, à l'appel du collectif «L'école est notre avenir», qui rassemble 25 syndicats et associations gravitant autour de l'éducation. Pour la région, le rassemblement se fera à Poitiers, avec un rendez-vous fixé à 14h devant le rectorat.

Mardi 22 mars. Grève à l'appel du mouvement interétablissements de Charente, et rassemblement devant le rectorat à Poitiers, à 10h et à 14h.  

16 mars 2011 | 04h00   Mis à jour | 07h31  Laurence Guyon

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