|  COUR D'APPEL DE VERSAILLES |

Les neuf anciens mineurs et huit veuves, qui se battent pour leurs droits depuis les grèves de 1948 et 1952, ont enfin obtenu réparation. ...


La cour d'appel de Versailles a reconnu jeudi soir que les licenciements étaient « abusifs ». Elle a condamné le liquidateur des Charbonnages de France à verser la somme de 30 000 E.

Le Bullygeois Norbert Gilmez, 90 ans le 24 août, n'est pas du genre à lâcher le morceau. Il appréciait hier ce jugement qui revient sur la prescription des faits jugée par les prud'hommes en 2009. « C'est quand même une reconnaissance ; ce n'est pas trop mal, 30 000 E, observe le vieux bonhomme volontaire. C'est ce qui avait été demandé à la HALDE en 2007, avant les prud'hommes. À l'époque, les Charbonnages avaient proposé 5 000 E. Quand on a raison, il faut le dire. » En réfléchissant un peu, Norbert Gilmez conserve une tonne d'amertume. On l'a oublié mais les familles des quelque trois mille licenciés de l'époque ont souvent vécu dans l'opprobre. Les mineurs ont été empêchés de retravailler dans le secteur, montrés du doigt par les omnipotents Charbonnages. « Finalement, cette somme est un minimum. On aurait dû avoir des dommages et intérêts pour préjudice moral, comme Bernard Tapie. On a perdu énormément : notre droit au docteur, aux médicaments gratuits, pendant toute une vie, le chauffage, le logement, tout... »

L'amnistie pas appliquée

Croyez-le ou non, le combat de Norbert Gilmez, figure de la lutte syndicale CGT, n'est pas terminé. Soixante-trois ans après les faits (!), il n'entend pas abandonner l'injustice symbolique qui lui tient le plus à coeur : l'application de la loi d'amnistie de 1981 dont le décret n'a jamais été publié. Il a déjà écrit au ministre de la Justice, à celle de l'Économie dont dépend le dossier. « On a bien amnistié les généraux factieux d'Alger, tempête-t-il. M. Sarkozy, je ne l'ai quand même pas inventé, assure qu'une loi doit être appliquée, que c'est un devoir de l'État ... » Norbert Gilmez ne s'endormira donc pas sur ses 30 000 E, maigre fruit d'une existence bousculée par cette fameuse grève de 1948. « Voilà un morceau de terminé, sourit-il. Ça facilitera sûrement l'examen de notre loi d'amnistie. Enfin, si les Charbonnages ne font pas appel. » •

OLIVIER BERGER - samedi 12.03.2011, 05:20

   LAVOIXDUNORD.fr