08/06/2011 | Mise à jour : 18:27

 GreceSautDeFalaise

 Championnat de saut de falaise en Grèce. Une restructuration de la dette grecque
entrainerait des conséquences difficiles à prévoir.
Crédits photo : Dean Treml/AP

Alors que la zone euro peine à rassurer les marchés, des experts préconisent une mesure radicale: tirer un trait sur une partie de la dette grecque. 

Alors que les dirigeants européens s'efforcent de rassurer les marchés financiers en affirmant que la dette grecque ne sera pas restructurée, certains stratégistes affirment le contraire. «Pour sortir du régime de crise financière dans lequel se sont installés les pays européens, la Grèce doit subir une restructuration «dure», affirme Christophe Donay, chef stratège de Pictet & Cie. Autrement dit, l'Europe doit tirer un trait sur une partie de la dette grecque -ce que j'appellerais un défaut partiel-, tout en recapitalisant les pertes des banques enregistrées en raison de la restructuration».

Or, la solution en discussion actuellement au niveau européen vise à tout faire pour éviter un «évènement de crédit» sur la dette grecque, c'est-à-dire un défaut de paiement. Il est ainsi envisagé de verser un nouveau prêt de 60 à 65 milliards d'euros d'ici à 2014. Le secteur privé serait également mis à contribution, les banques étant incitées à continuer à investir dans la dette grecque à hauteur de 15 à 20 milliards d'euros.

EndettementCroissance

« Mais en donnant toujours plus d'argent à la Grèce, l'Europe ou le secteur privé entretiennent le régime de crise», prétend Christophe Donay. «La lecture des marchés financiers sur l'endettement des Etats européens a changé. Jusque-là, ils ont adopté une approche comptable. Autrement dit, ils se sont demandés combien l'Europe devait verser pour sauver un pays en difficulté. Aujourd'hui, ils s'interrogent pour savoir si les pays européens génèrent assez de croissance pour rembourser leurs dettes à cinq ou dix ans.»

45 ans pour respecter Maastricht

Pour le stratégiste de Pictet, le constat est clair: les taux de croissance des pays en difficulté financière (Grèce, Portugal, Irlande et Espagne) sont insuffisants pour financer leurs dettes. Ainsi, la Grèce, l'Irlande et le Portugal devraient afficher des croissances annuelles respectives de 21%, de 13% et de 8% pour atteindre dans dix ans un ratio dette/PIB de 60% comme l'exigent les critères de Maastricht. Et si l'on envisageait des taux de croissance annuels réalistes (2%), il faudrait 45 ans à la Grèce pour respecter ce critère de dette et 30 ans à l'Irlande. «Il n'est pas sûr que les marchés financiers attendent autant de temps» conclut Christophe Donay.

Du temps, c'est ce qu'il faut pourtant à la zone euro, selon Anton Brender, chef économiste chez Dexia AM. «Un défaut de la Grèce, seul, ne pose pas de problème en soi», selon lui. Mais un tel évènement a toutes les chances, dans le contexte actuel de fragilité des autres pays de la périphérie, de provoquer un phénomène de contagion. Si la Grèce fait défaut, pourquoi pas aussi l'Irlande ou le Portugal, qui bénéficient également d'une aide de l'Union européenne et du Fonds monétaire international, se demanderont alors les marchés.

Au-delà même de ce groupe de pays à risque, «il existe un grand risque de transmission de la crise aux pays comme la Belgique, l'Italie et l'Espagne», continue l'économiste. «Il faut donc donner du temps à cette dernière, surtout, pour sortir de la zone de contagion en se plaçant sur une trajectoire stable de réduction de la dette», défend Anton Brender. Pour cela, il faut allier plan de rigueur et croissance, deux objectifs peu compatibles à court terme.

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