Florent Guyotat    

Comment fonctionne cette journée ? Quelles sont les conséquences concrètes pour les salariés ? Voici comment fonctionne le dispositif. 

Il s’agit, ni plus ni moins, d’une journée de travail gratuite, non rémunérée. Vous travaillez une journée de plus dans l’année, mais sans être payé plus. Dit comme cela, c’est tout bénéfice pour votre entreprise ou votre administration... Sauf qu’il y a une contrepartie : en échange de cette journée supplémentaire de travail que vous lui donnez, votre employeur est obligé de verser une taxe : 0,3 % de sa masse salariale. Cette contribution va financer l’aide aux personnes âgées et dépendantes. On rappelle le contexte de cette mesure décidée par le gouvernement Raffarin : c’était juste après la canicule de 2003 qui avait fait plus de 15.000 morts ; l’idée était de trouver de l’argent rapidement pour améliorer la prise en charge des personnes âgées et handicapées et pour acheter par exemple, des climatiseurs supplémentaires pour les maisons de retraite.

Une application chaotique

En 2004, le lundi de Pentecôte avait perdu son statut de jour férié. Mais tout cela s’était fait dans la confusion la plus totale : certaines entreprises restaient fermées alors que dans d’autres, on travaillait. Plus personne ne s’y retrouvait. Bref, pour mettre fin à ce désordre, le lundi de pentecôte est redevenu férié en 2008. Cela dit, la journée de solidarité n’est pas morte pour autant. Dans la plupart des cas, sauf si votre employeur est bon prince et vous en fait cadeau, on vous retire une journée de congé ou de RTT à un autre moment dans l’année. En attendant, aujourd’hui, en ce lundi de Pentecôte, la grande majorité des salariés français reste au repos. Vous trouverez porte close dans de nombreuses administrations comme la Poste ou Pôle Emploi, ainsi que dans beaucoup d’entreprises privées. Parmi les exceptions, il y a les grandes surfaces qui resteront ouvertes. Rien de tel qu’un jour férié pour attirer des clients supplémentaires dans les hypermarchés.

Une journée efficace ?

Cette journée de solidarité rapporte plus de deux milliards d’euros par an. Et à en croire le gouvernement, elle est efficace. Face aux socialistes qui dénoncent un fiasco, la ministre des solidarités Roselyne Bachelot avance le chiffre de 60.000 places supplémentaires créées pour les personnes âgées depuis 2007 dans les maisons de retraites. Sur France InfoPascal Champvert, le président de l’AD-PA, une association qui regroupe de nombreux établissements d’hébergement, affirme qu’"il serait faux de dire que rien n’a été fait ." Mais il dénonce également l’utilisation de l’argent récolté grâce à la journée de solidarité. D’après lui, une partie (378 millions d’euros) ne va pas à l’aide aux personnes âgées, mais sert en fait à renflouer les caisses de l’Assurance maladie. Chaque année, cette polémique revient... et chaque année, le gouvernement dément, mais sans convaincre l’AD-PA.

Va-t-on vers une autre journée de solidarité ?

Jean-Pierre Raffarin soutient l’idée d’une deuxième journée de ce type. Elle pourrait servir à financer une partie de la réforme de la dépendance voulue par Nicolas Sarkozy. Cela dit cette nouvelle journée de travail gratuite et non rémunérée serait à coup sûr très impopulaire auprès d’une partie de l’opinion. Et à moins d’un an de la présidentielle, tout le monde au sein du gouvernement ne semble pas prêt pour l’instant à courir ce risque.

Article et doc sonore :   FRANCE-INFO.fr