29 juin 2011 | Mis à jour | 07h50    Jean-François BARRÉ

Les moissons ont débuté en avance et les rendements sont catastrophiques. Les agriculteurs estiment les pertes économiques à 60 millions d'euros pour la Charente.

SecheresseMoissons

Cette année, les moissonneuses sont sorties avec près de quinze jours d'avance.
Photo Céline Levain

Soixante millions d'euros. Le chiffre donne le tournis aux agriculteurs. C'est l'estimation de l'impact économique de la sécheresse pour le département de la Charente, établie en fin de semaine dernière par la chambre régionale d'agriculture. Les premiers constats et les estimations projettent une image inquiétante des pertes pour le Poitou-Charentes: «C'est l'équivalent de la production céréalière de la Vienne», qui est accessoirement le plus gros producteur de la région. Yohan Delage, céréalier en Charente et ancien président des Jeunes Agriculteurs précise même: «Cela concerne principalement le fourrage et les céréales. Mais cela ne tient pas compte du tournesol et du maïs», dont une sécheresse durable pourrait compromette les rendements.

C'est déjà le cas pour les autres céréales. Les moissonneuses batteuses sont entrées en piste dans les champs de blé avec près de deux semaines d'avance. «On démarre rarement avant le 5 ou 10 juillet», explique Yohan Delage. Et les premières données sont loin d'être rassurantes. «Les rendements pourraient être de moins 90% sur les plus mauvaises parcelles, celles que l'on moissonne en premier, à moins 30% pour les meilleures.» Loin en tout cas des habituels 65 quintaux à l'hectare. Sinistrées, aussi, les parcelles de colza où les récoltes ont été de 20 à 50% inférieures aux années normales, et d'orges où les pertes sont estimées à 30%.

Inquiets pour le tournesol et le maïs

Et alors que les moissons devraient être terminées dans une semaine, les agriculteurs s'inquiètent déjà pour le tournesol et le maïs. «Si les champs de tournesol semés très tôt subissent moins les effets de la sécheresse, les plantes comme le maïs entrent en floraison. Si dans les quinze jours, on n'a pas d'eau, ça va être la catastrophe», prévient Yohan Delage. Alain Lebret, le président de la chambre d'agriculture confirme. «Si l'impact est très hétérogène, peut varier d'un bout à l'autre d'une commune, s'il est encore difficile de mesurer l'impact de la sécheresse, on sait que cela va être énorme. Du côté de Verdille, j'ai vu des maïs en train de crever. C'est irréversible.»

Et déjà, le président de la chambre s'interroge sur l'impact économique pour les agriculteurs. Le premier stade des mesures, c'est les conditions de trésorerie, les reports d'échéances qui devraient être consentis par les banques (lire encadré), l'état de calamité agricole décidé plus tôt. Ce qui ne rassure pas totalement. «Cela ne va pas couvrir les dégâts, redoute Alain Lebret. Pour que les éleveurs évitent de se débarrasser de leurs bêtes, pour que les céréaliers puissent ressemer du blé, il faut un apport d'argent important.» Il entend par là des aides directes massives. Pas des prêts «puisqu'ils sont déjà nombreux à ne plus pouvoir faire face à leurs remboursements d'emprunts.»

L'inconnue aujourd'hui, c'est «l'enveloppe des calamités agricoles». «J'attends de voir.» L'inquiétude aujourd'hui c'est la peur du vide. «Alors que certaines régions sont reparties après la pluie, notre zone reste cramée. J'espère que l'on ne sera pas oubliés.»

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