Le président de la république a présenté ce matin Lundi 27 Juin 2011 le premier bilan du grand emprunt, lancé à la fin de 2008. Nicolas Sarkozy a annoncé une avalanche de projets prometteurs, dont on ne sait si leur fonction est d’assurer un avenir au pays ou au locataire actuel de l’Elysée.

Hervé Nathan - Marianne | Lundi 27 Juin 2011 à 15:10

( capture d'écran Dailymotion - Publicsenat - cc )

Nicolas Sarkozy aura connu des conférences de presse plus désagréables que celle de ce matin dans la salle des fêtes du palais de l’Elysée. C’était d’un calme absolu. D’ailleurs, c’était presque intime : peu de ministres, et quelques hauts fonctionnaires sagement rangés dans un coin (avec devant Christine Lagarde pas fatiguée par le jet lag, Eric Besson toujours renfrogné et un François Fillon hilare, on ne sait pourquoi). Peu de journalistes aussi. La foule des journalistes n’était pas non plus au rendez-vous. Les «purs politiques » devaient encore dormir. Et même  Laurent Joffrin n’a pas fait le déplacement pour concourir au titre disputé « du-journaliste-qui-s’oppose-à-Nicolas-Sarkozy »… Dommage car  l’intitulé de la conférence, « les investissements d’avenir », était trompeuse. Il s’agissait bien de la première offensive de Nicolas Sarkozy en campagne pour sa réélection.

La veille du discours de Martine Aubry, le président de la République a choisi son terrain d’affrontement : l’économie. Il vient avec des munitions : les 35 milliards d’euros du Grand emprunt, lancé tambour roulant à la fin de 2008. Deux ans plus tard, Sarkozy peut présenter les projets de financements. 20 milliards sont déjà débloqués. Les dits-projets s’étalent déjà en Une de la Tribune, des Echos, du Monde. Il est vrai que pour une fois, les Français ont sous les yeux de quoi espérer dans le futur. La France va subventionner la recherche sur les avions en matériaux composites, les hélicoptères, les satellites de nouvelle génération, les moteurs d’avion, le centrale nucléaire à neutrons rapides (surgénérateurs), le captage et l’enfouissement de CO2 ( à Florange… tiens; qui ne se souvient des promesses de Sarkozy aux ouvriers de Gandrange, juste à côté?), les énergies renouvelables, et j’en passe. Nicolas Sarkozy était donc fier et content de dessiner « la France de demain », sur des projets industriels, en préparation au sein de « 100 laboratoires d’excellence, de 6 instituts de recherche technologiques et de six instituts hospitalo-universitaires » , etc.
Les superlatifs étaient de sortie, un peu prématurés, puisqu’aucune invention ne sortira des labos avant des années, mais pas forcément immérités.

Mais le candidat s’est vite révélé derrière le président. Celui-ci ne s’est pas contenté de claironner que le Grand Emprunt c’était « un choix d’avenir, la seule réponse de la France à la crise… »,  ou que « jamais dans son histoire la France n’avait fait un tel effort d’investissement… »,  il a aussi testé les éléments de sa prochaine campagne. Par exemple la crise est  soudainement élevée au niveau d’ « événement sans précédent ». Même celle de 1929 ne lui arriverait pas à la cheville. Une crise sans précédent, voici  qui rehausse le prestige de celui qui l’a affrontée, suivez mon regard, et qui relativise toute tentative de bilan du quinquennat, off course. On voit ici l’application de la nouvelle ligne d’attaque de l’UMP, telle que théorisée par Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture et chargé du programme de 2012. Celui-ci affirme : « la crise a remis les compteurs à zéro, c’est à partir d’elle qu’il faut bâtir un nouveau récit français »
 
De même, la crise imposerait une politique et une seule à la France, celle du désendettement : « Il n’y a pas d’autres choix possible ». « La France est préservée par son triple A qui lui permet d’emprunter aux alentours de 3%... »
On voit poindre l’autre thématique : « la menace grecque ». « Je n’ai pas été élu pour que la France connaisse le sort de la Grèce, du Portugal, de l’Irlande », insiste le président. Certes, mais alors qui pourrait s’inscrire dans une perspective aussi funeste ? Nicolas Sarkozy ne cite pas de noms, mais désigne la direction : « ceux qui voudraient revenir sur le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ceux qui veulent défaire la réforme des retraites, ceux qui s’opposent à l’inscription d’une règle d’or (pour le désendettement, NDLR) dans la Constitution… » .
C’est clair : la gauche au pouvoir en 2012  et la dette explosera. La balle est dans le camp du Parti socialiste…ou plutôt des candidats  à la candidature socialiste.

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