r Fabrice Amedeo Publié le 29/07/2011 à 19:41    -   Le cockpit d'un A330-200. (Crédits photo : Airbus)

Le rapport d'enquête du BEA sur le drame du Rio-Paris souligne, comme Le Figaro l'avait révélé, le problème de la compétence de l'équipage ainsi que d'importantes lacunes dans la formation.

Le rapport était très attendu par les familles de victimes ainsi que par l'ensemble de l'industrie aéronautique. Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) a publié vendredi son troisième rapport d'investigation sur le crash du vol AF 447, le premier après l'étude des boîtes noires repêchées au printemps dans l'Atlantique sud. Ce rapport confirme l'ensemble des informations publiées dès jeudi soir sur lefigaro.fr. C'est bien une erreur de l'équipage suite à un givrage des sondes Pitot qui a entraîné le décrochage de l'appareil et sa chute dans l'océan. Le rapport décrit un équipage où les responsabilités n'étaient pas clairement définies entre les deux copilotes et en l'absence du commandant de bord parti se reposer. Au départ du commandant de bord, il n'y a ainsi pas eu «de répartition explicite des taches entre les deux copilotes». C'est ensuite une erreur de pilotage qui a fait prendre, de manière intempestive, de l'altitude à l'appareil, l'a fait décrocher (perdre sa portance) puis l'a fait chuter vers l'océan. Les conclusions du BEA sont accablantes pour l'équipage d'Air France. «Aucun des pilotes n'a fait référence à l'alarme de décrochage» qui retentit pourtant sans interruption pendant 54 secondes, et «aucun des pilotes n'a formellement identifié la situation de décrochage».

Le BEA conclut également que «pendant tout le vol, les mouvements des gouvernes de profondeur et du PHR (plan horizontal réglable) ont été cohérents avec les actions du pilote ». Ce qui veut dire que ce sont bien les actions du pilote qui ont entraîné le décrochage et ont maintenu l'appareil dans le décrochage. Le rapport révèle également des lacunes dans la formation de l'équipage: «les copilotes n'avaient pas reçu d'entraînement, à haute altitude, à la procédure IAS douteuse (en cas de pertes d'informations anémométriques, NDLR) et au pilotage manuel». D'autre part, «il n'existe pas de formation (...) pour un équipage constitué de deux copilotes en situation de suppléance du commandant de bord», c'est-à-dire que les pilotes ne sont pas entraînés à piloter et à se répartir les responsabilités en absence du commandant de bord pourtant habilité à aller se reposer en vol. Les recommandations de sécurité aérienne adressées par le BEA à Air France tournent donc autour de la formation et du management. L'entraînement au pilotage manuel «L'enquête a mis en évidence des faiblesses des deux copilotes. (...) Ceci est probablement dû à un manque d'entraînement spécifique (...). Le pilotage manuel ne s'improvise pas et demande de la précision et des actions mesurées sur les commandes», précise le BEA. De nouveaux exercices d'entraînement à la récupération du décrochage devraient être mis en place chez Air France mais aussi dans l'ensemble des compagnies aériennes. Le management dans le cockpit «L'absence de hiérarchie et de répartition efficace des tâches dans le poste de pilotage ont fortement contribué à la faible synergie. L'inquiétude née de l'absence du commandant de bord dans le cockpit montre que les deux copilotes n'avaient pas la capacité de résoudre cette situation d'urgence». Des formations seront mises en place pour «assurer une meilleure répartition des tâches» en cas d'absence du commandant de bord. Filmer les équipages dans les cockpits Le BEA recommande de placer «un enregistreur d'images permettant de visionner l'ensemble du tableau de bord». En cas d'accident, les images vidéos viendraient enrichir les paramètres de vol (DFDR) et l'enregistrement des conversation (CVR) contenus dans les boites noires. Cette mesure, préconisée depuis 10 ans, s'est toujours heurtée au refus des syndicats de pilotes. Elle permettrait pourtant de mieux analyser les erreurs de l'équipage en cas de nouvel accident lié à des facteurs humains. Un nouvel indicateur dans le cockpit Le BEA recommande également qu'Airbus place un indicateur d'incidence dans ses cockpits, en complément de l'alarme de décrochage, pour permettre «aux équipages d'identifier rapidement la situation aérodynamique de l'avion et d'avoir les actions nécessaires».

 

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L'enquête de sécurité aérienne sur le vol AF 447 ne s'arrête pas là. Le BEA devrait publier son rapport définitif début 2012. D'ici là, l'enquête judiciaire qui déterminera les fautes de chacun devrait se poursuivre.

LIRE AUSSI :

» DOCUMENT (pdf) - Le rapport d'investigation du BEA

» DOCUMENT (pdf) - Les recommandations du BEA

» INFOGRAPHIE - Le scénario officiel de la catastrophe de l'AF447

» Ce que la catastrophe va changer dans les cockpits

» Le rapport met en cause l'équipage

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