La publication des chiffres de l'INSEE, qui indique que 13,5% des Français vivent sous le seuil de pauvreté, a suscité un flot de réactions politiques qui laissent pantois. On a tout simplement l'impression qu'ils découvrent la pauvreté.

.
C’est ce qu’il y a de bien avec les périodes électorales : les politiques font preuve d’une attention, d’une compassion, d’une solidarité avec leurs concitoyens dans le besoin qui force l’émotion. D’un seul coup, tout le monde veut aider les étudiants désargentés, les artisans sans retraite, les paysans exploités par la grande distribution… Les pauvres, n’en parlons pas – ou plutôt, parlons-en. L’INSEE a en a compté 8,2 millions en 2009 et depuis, chacun y va de son son engagement la main sur le cœur : « plus jamais ça », « il faut que ça cesse », « ça ne peut plus durer »… Sans mettre en doute leur sincérité, il me semble que tous les Français savaient ce que nos élus viennent de découvrir. Oui, il y a de plus en plus de pauvres. L’INSEE ne le révèle pas, elle le confirme. Ce qu’elle ne dit pas, c’est comment résoudre le problème. Les politiques non plus.
Est-ce qu'on peut, à partir des statistiques, déterminer les causes de ce phénomène : qu'est-ce qui fait augmenter la pauvreté ?
C’est toute la question. A partir des chiffres, on peut relever des évidences – chômage, précarité, lacunes de la formation ; le reste relève de la lecture politique ou idéologique. Ce qui n’est pas contestable, c’est que le niveau de vie des plus pauvres diminue et que celui des plus aisés augmente. Evident aussi : il y a, en France, de plus en plus de pauvres – ceux qui vivent avec moins de 954 euros par mois. Et de plus en plus de riches, et même de très riches. Donc on voit bien que la crise n’explique pas tout. Ni d’ailleurs la politique de Nicolas Sarkozy. Il a été élu en 2007 et la crise a éclaté en 2008 ; or l’INSEE relève qu’en 2006, il y avait déjà 7,8 millions de pauvres. Ça montre deux choses : La première, c’était déjà très grave, et la seconde c'est que nous n'avons pas trouvé la solution entretemps.
Est-ce qu'on peut quand-même tirer des enseignements de ces chiffres alarmants ?
D’abord, l’échec de Nicolas Sarkozy quand-même – qui a promis de réduire d’un tiers la pauvreté sous sa présidence. Mais l’échec de ses prédécesseurs aussi : ce n’est pas depuis 2007 qu’il y a des salariés qui dorment dans leur voiture ou des mendiants dans les rues. Ensuite, la certitude qu’on ne peut pas éradiquer la pauvreté par la seule redistribution. Aucune des grandes réformes fiscales promises par la droite et la gauche ne rendra les pauvres moins pauvres, même en rendant les riches moins riches. Et même si on appelle « riche » celui qui gagne plus de 4000 euros par mois, ce qui était l’idée de François Hollande. Ce qu’il faut, c’est créer de la richesse supplémentaire. Et en ce moment, si quelqu’un connaît la recette, c’est plus probablement un personnage de Harry Potter qu’un candidat à la présidentielle.
Marine Le Pen dit qu'elle réduirait de 5 millions en 5 ans le nombre de pauvres. C'est crédible ?
Non. Et encore moins avec les remèdes qu’elle propose. Peut-être qu’elle a à l’esprit l’idée obsessionnelle de renvoyer 5 millions d’immigrés, qui par hypothèse n’appartiennent pas aux catégories aisées. Ça ferait effectivement 5 millions de pauvres de moins. La France serait moins pauvre mais… pauvre France !
 
Hervé Gattegno | RMC.fr | 31/08/2011