11 septembre. Dix ans d’intervention militaire américaine, en Afghanistan ou en Irak, n’ont conduit qu’à un champ de ruines. Washington a engagé le dialogue avec les talibans qui veulent reprendre leur place à Kaboul. Grâce au conflit, l’Otan s’est imposée sur des terrains de guerre internationaux.

Des talibans aux… talibans, via l’Otan. Ainsi peut se résumer une décennie de guerre américaine en Afghanistan, la première du XXIe siècle, destinée selon les stratèges de Washington à tailler la voie vers un remodelage du monde conforme à leurs intérêts. Trois semaines après l’effondrement des Twin Towers de New York, Bush déclenche sa croisade « contre le terrorisme » en bombardant Kaboul où sévit depuis cinq ans le régime des talibans qui a accordé refuge à Ben Laden. Autant que les bombes, les promesses pleuvent sur un pays déchiré : modernisation, démocratie, reconstruction, éducation… sont à l’ordre du jour de la conférence de Bonn de décembre 2001. Les ambitions sont autres pour la puissance américaine : prendre durablement pied dans une aire géographique qui, en Asie centrale, regorge de richesses énergétiques. Pour en profiter il suffira d’instaurer un gouvernement à la botte conduit par un ami, Hamid Karzai, et de « pacifier » le pays.

Il n’en sera rien. Au fil des mois, des ans, la guerre devient totale. Sur le terrain régional, la « croisade » engagée par Bush et relancée par Obama se solde par un bilan catastrophique. La population afghane est en première ligne prise entre les insurgés intégristes qui s’affichent comme les pourfendeurs de l’occupant étranger et les frappes occidentales faisant peu de cas des civils lors des attaques aveugles. Les morts se comptent par centaines chaque année. Sur les dix premiers mois de 2010, les Nations unies estiment à 2 420 le nombre de victimes civiles. Qui se soucie encore du droit des Afghanes toujours emprisonnées sous la burqa ?

140 milliards de dollars dépensés pour la guerre

La guerre coûte aux États-Unis deux milliards de dollars par semaine mais la reconstruction du pays n’est même plus à l’ordre du jour depuis 2001. Si 140 milliards de dollars ont été dépensés pour la guerre, 7 milliards ont été attribués à « l’aide civile ». Un déséquilibre qui s’accroît avec l’escalade militaire promue par Barack Obama à son arrivée à la Maison-Blanche. Il étend le conflit au Pakistan, où la situation plus instable que jamais attise la confrontation avec l’Inde. L’opération commando contre Ben Laden dans un quartier tranquille d’Islamabad met fin à une « traque prétexte » qui ne dupait plus personne mais cette disparition programmée ne change rien en Afghanistan. Elle permet seulement à la Maison-Blanche d’abattre une carte maîtresse : rendre public le dialogue engagé avec les talibans. Les conditions préalables mises par Washington, l’arrêt de la violence et l’acceptation de la Constitution afghane ont été levées et ces négociations pourraient rapidement ramener au pouvoir ceux qui en furent chassés il y a dix ans. Ils seraient même invités à se joindre à la conférence prévue en Allemagne en décembre pour le dixième anniversaire de celle de Bonn.

Pour raison d’échéance électorale, Obama a annoncé le retrait d’une partie de ses troupes (10 000 hommes) d’ici à la fin de l’année, puis 23 000 supplémentaires d’ici à l’été 2 012. Soit les effectifs qui avaient été envoyés en décembre 2009. Un retrait officiel sans panache mais « le partenariat durable » promis aux Afghans par le biais d’un encadrement des forces de sécurité et de la présence de milliers « privés », s’apparente à une occupation durable du pays. Quant aux alliés, ils feront leur paquetage en temps et en heure dits par Washington. Paris en tête. Depuis 2008, Sarkozy n’a-t-il pas suivi au pied de la lettre les desiderata américains au détriment des aspirations des Français dans leur majorité contre cette guerre ?

Cette meurtrière décennie en Afghanistan est-elle pour autant un total fiasco stratégique ? Le terrain afghan aura au moins tenu une promesse. Celle d’avoir servi de champ d’expérimentation permettant la relance de l’Alliance atlantique, inquiète pour son avenir après l’implosion de l’URSS. En 2003, lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU confie à l’Otan la conduite des opérations militaires en Afghanistan, il consacre ainsi sa première opération militaire de grande ampleur hors de l’Europe. Pour la première fois en cinquante-quatre ans d’existence, et cette fois, sous mandat des Nations unies. Une mission formalisée dans un nouveau « Concept stratégique pour le XXIe siècle » qui va lui servir de tremplin pour de nouvelles tâches planétaires au mieux des intérêts des grandes puissances. Si l’implication de l’Otan a échoué en Irak, l’Alliance est revenue en force en Libye. De Kaboul à Tripoli la voie est ouverte vers d’autres champs d’intervention.

Soldats français : lourd tribut. Le lieutenant parachutiste tué mercredi au cours d’une opération dans la vallée de la Kapisa porte à 75 le nombre de militaires français morts dans le pays depuis fin 2001. Proportionnellement aux nombres de soldats déployés, c’est la France qui paye, au moins depuis le début de cette année, le plus lourd tribut à la guerre. Présentant ses condoléances à la famille du dernier militaire décédé, Sarkozy est resté inflexible invoquant « la détermination de la France » à rétablir « paix et stabilité » dans le pays.

Dominique Bari 
le 9 Septembre 2011

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