APRÈS LE SACCAGE DES CLASSES, LE CHOC

Mardi 13 septembre 2011 à 06h00 | Mis à jour le 13 septembre 2011 à 09h34
Par daniel bozec

Stupéfaction parmi les parents et élèves de l'école Jean-Bonnet, hier matin, après le saccage d'une école par deux frères de 8 et 11 ans

Hier matin, autour du directeur Julien Peyraut, parents et élèves écoutaient les premières instructions. Photo céline levain

Parents et enfants ont appris la nouvelle devant le portail de Jean-Monnet, hier matin. Mises à sac dans la journée de dimanche, les quatre classes de CE2, CM1, CM1/CM2 et CM2 de l'école du Champ-de-Manoeuvre, à Soyaux, ne sont plus qu'un champ de bataille. « Dans certaines salles, on a l'impression qu'une tornade s'est abattue », dira le commissaire de police William Lliso.

Stupéfaction dans les petits groupes qui se forment ici et là : « Ça rentre, ça sort, ça a déjà volé plusieurs fois mais je trouve inadmissible qu'on saccage des classes comme ça », affirme Françoise, maman de Johnny, 10 ans. « Ce sont les parents qu'il faut punir ! », reprend Samira, très remontée. Michel Casalini, inspecteur de l'Éducation nationale, en a les larmes aux yeux : « En vingt-quatre ans de métier, j'ai vu des vols, des bureaux de directeur forcés, mais ça, non. Ça fait mal. »

Il faudra attendre la rentrée de la Toussaint pour voir les 85 élèves concernés réinvestir leur classe. Accueillis au collège Romain-Rolland hier et aujourd'hui, ils reprendront presque leurs habitudes en intégrant des salles de Gulliver, le centre de loisirs tout proche - une quatrième classe étant disponible dans le bâtiment des cours élémentaires.

On va rebondir

Dès hier, tout le monde s'est mobilisé. La visite de Martine Daoust, la nouvelle rectrice de l'académie, est annoncée aujourd'hui en début d'après-midi, et Ségolène Royal a assuré dans un communiqué que la Région viendrait en aide à la commune, « compte tenu de l'ampleur et du caractère exceptionnel du préjudice », évalué à plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Hier soir, le directeur Julien Peyraut, peu coutumier des commentaires superflus, tenait à remercier tant les parents que « la communauté éducative ». Et d'assurer : « On a tous pris un coup mais on va rebondir. » Le matin même, serrés sous le préau autour de lui, parents et élèves écoutaient attentivement les premières instructions du jour. C'est une maman qui a posé la dernière question : « Il y aura besoin d'aide pour nettoyer ? »

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QUATRE CLASSES SACCAGÉES,
DEUX ENFANTS ARRÊTÉS

Mardi 13 septembre 2011 à 06h00 | Mis à jour le 13 septembre 2011 à 07h50
Par Daniel Bozec

Âgés de 8 et 11 ans, ils ont ravagé un bâtiment de l'école Jean-Monnet, au cœur d'un quartier sensible, près d'Angoulême. Le plus jeune y est élève.

Les vitres du rez-de-chaussée ont été criblées de coups de marteau. Photo Céline levain

Le mobilier renversé ou cassé, une cinquantaine de vitres brisées. Les cahiers et les trousses éparpillés, le matériel pédagogique hors d'usage. Les murs et les plafonds éclaboussés de peinture, des volets roulants arrachés. « L'apocalypse », « tout est bousillé », soufflent des enseignantes. Dimanche, quatre classes de CE2, CM1 et CM2 ont été saccagées à Jean-Monnet, l'école du Champ-de-Manœuvre, un quartier sensible de Soyaux, près d'Angoulême. Vers 13 heures, deux enfants ont été interpellés in extremis par les policiers. Âgés de 8 et 11 ans, ils s'apprêtaient à sauter sur un toit depuis une fenêtre du premier étage. C'est un voisin qui, intrigué par le bruit avant de voir une chaise voler dans la cour, a donné l'alerte.

Hier matin, seul le couloir qui donne sur la cour témoignait du passage des vandales. Une enfilade de vitres criblées de coups de marteau. Aucune image ne devait filtrer, l'inspecteur d'académie ayant mis son veto : « Ça peut donner l'impression aux auteurs qu'ils y ont gagné quelque chose », justifie Jean-Marie Renault, « écœuré » devant l'ampleur des dégâts. L'enfant de 8 ans est élève de CE2 dans l'établissement.

Seuls ou accompagnés ?

Hier soir, les garçons se trouvaient encore au commissariat de police d'Angoulême. « Ils n'ont pas d'explication structurée, si ce n'est qu'ils ont fait ça par amusement ou désœuvrement », rapporte le commissaire Cédric Esson, directeur départemental de la sécurité publique. S'il est acquis que les deux enfants sont restés « assez longtemps » dans les murs de l'école, se sont-ils livrés seuls à ces exactions ? Ont-ils suppléé d'autres copains ? « La question est là », convient le commissaire Esson.

« J'ai du mal à concevoir que de tels dégâts soient causés par des enfants de 8 et 11 ans », s'étonne le maire, François Nebout. « Il faut de la force et du matériel. Certaines vitres sont à plus de 2 mètres… » Le jeune duo reconnaît avoir commis d'autres dégradations dans le quartier, notamment sur un chantier voisin, où un marteau de sécurité a été volé. Il a été retrouvé dans l'école.

Connus pour avoir perpétré quelques incivilités, « des bêtises », soupire le maire, les garçons étaient suivis par le juge des enfants. « Deux jeunes livrés à eux-mêmes », dépeint Cyril Vidalie, vice-procureur. Fratrie nombreuse, père absent : sans doute la mise à sac relancera-t-elle à moindres frais le débat sur la démission des familles. Sur ordre de la justice, le plus jeune devait être placé dès hier soir dans un centre éducatif de la Charente. Son camarade pré-ado devait être reconduit dans sa famille d'accueil, « à l'extérieur d'Angoulême », avec suspension de la visite du week-end chez ses frères et sœurs. Les classes vandalisées ne seront pas restaurées « avant la Toussaint », indiquait hier le maire. Accueillis hier et aujourd'hui au collège Romain-Rolland, les élèves concernés intégreront dès jeudi le centre de loisirs voisin de l'école.

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