De la presse alternative des années 1970, on retient Hara-Kiri, Actuel et L'Enragé... Qui se souvient des dizaines d'autres titres, souvent éphémères, toujours caustiques, parus à la même période ? Steven Jezo-Vannier. Il le rappelle dans un ouvrage récent.

Les sixties & seventies, âge d’or d’une presse hexagonale libre, intelligente et méchamment irrévérencieuse blablabla, Actuel blablabla, vaches sacrées blablabla, ce journal est un pavé… Yep, c’est lu et relu, battu et rebattu. Pourtant, derrière le poncif se cache une réalité souvent méconnue. Et à trop ramener la période à quelques figures tutélaires un tantinet momifiées (Hara-Kiri et Choron, L’Enragé et Siné, Actuel et Bizot), on passe à côté des composantes essentielles dudit âge d’or : diversité, vitalité et virulence généralisées.

Dans un paysage médiatique contemporain largement dominé (en matière de presse papier, en tout cas) par un journalisme de révérence, mou et fade comme une endive, il est toujours utile (et un peu triste) de rappeler qu’un autre rapport à la presse a existé, que cette dernière était massivement distribuée (en comparaison des journaux dissidents contemporains) et que cette réappropriation de la parole n’était pas uniquement le fait de quelques locomotives isolées mais l’expression d’une époque (plus) enflammée.

C’est là tout l’intérêt du très récent livre de Steven Jezo-Vannier, Presse parallèle, la contre-culture en France dans les années 1970, publié aux éditions Le Mot et le reste1, qui livre un panorama détaillé et vivant des différents acteurs de l’explosion d’une presse libre en France. Tout, Le Parapluie, Zinc, Le Torchon brûle, La Gueule ouverte, Le Petit Mickey qui n’a pas peur des gros, Interaction, Sauvage… une myriade de titres, en grande partie éphémères, ouverts à des thématiques diverses (féminisme, écologie politique, bande-dessinée, rock, sexualité), mais se retrouvant dans une même pratique de la presse : libre, urgente et débridée2.

Derrière les titres emblématiques (Hara-Kiri, Actuel, L’Enragé), légendaires, on découvre dans votre ouvrage une foule de canards plus méconnus : Tout, Politicon, Le Parapluie, Geranonymo… Avec également une presse dissidente locale très active3 et un nombre de fanzines impressionnant. Pourquoi une telle effervescence ? Et pourquoi n’a-t-elle pas tenu la distance ?

Steven Jezo-Vannier : Il y a effectivement à cette époque énormément de titres, la plupart bien moins connus que Tout ou Le Parapluie : quelques petites centaines de journaux, témoignages d’une effervescence rare, elle-même reflétant la diversité des voix libérées durant ces années.

La fin des années soixante est marquée par le combat pour l’existence en tant qu’individualité propre, chacun affirmant son unicité. Il y a évidemment une jeunesse unie et cohérente qui aspire à gagner en liberté et surtout en reconnaissance, mais cette jeunesse est tout sauf uniforme, elle revendique haut et fort son hétérogénéité. Le mouvement underground qui fait naître la presse parallèle affirme la pluralité de ses composantes. Chacun souhaite y faire entendre sa différence, sa sensibilité, et utilise la presse libre pour le faire, d’où la multiplicité des titres.

Avant le premier choc pétrolier, réaliser un journal est facile et peu onéreux : les modes de fabrication en série se sont extraordinairement démocratisés, et le prix du papier et des encres reste faible. D’ailleurs, lorsque la crise de 1973 entraîne une flambée des coûts de la matière première, plus d’un journal cesse de paraître.

Mais le fait que la presse parallèle ne soit pas parvenue à s’inscrire dans la durée résulte d’une combinaison de facteurs : à la hausse des prix, il faut ajouter que la plupart des titres ne sont pas rentables et ne cherchent pas nécessairement à l’être ; sur le plan financier, les journaux underground étaient voués à une existence cyclique. La quantité de titres est impressionnante sur toute la période, mais la plupart sont extrêmement éphémères et se limitent à une ou deux parutions. Des journaux meurent à un endroit, d’autres naissent ailleurs.

Autre raison de poids : tous les jeunes qui font vivre cette presse sont tôt ou tard contraints d’effectuer leur service militaire, qui les éloigne du front de la contestation et de l’activité culturelle pendant un an (à partir de 1970).

Enfin, et je pense que c’est là la raison majeure : les acteurs de la presse parallèle n’ont pas pour objectif de durer, à de rares exceptions près (en l’occurrence, Actuel et Hara-Kiri/Charlie, qui y sont parvenus grâce au professionnalisme). Une majorité souhaite simplement dire ce qu’elle a à dire, vivre une expérience avant de passer à autre chose. Le Parapluie s’est arrêté alors qu’il était parvenu à s’installer et s’affirmer à la proue du mouvement, avec une relative stabilité financière. Pour ses fondateurs, le tour de la question avait été fait.

 

Il faut bien comprendre également qu’une large partie des artisans de la presse parallèle cherchent à s’investir hors des sentiers battus. Cinq ans après 1968, la presse parallèle n’a plus rien de nouveau, elle ne représente plus un enjeu pour la liberté, elle fait partie des acquis. Elle est donc moins vivace.

“Hors presse libre, pas de révolution”

1789, La Commune, mai 68… Les périodes révolutionnaires sont toujours accompagnées d’une floraison de journaux. Hors révolution, pas de presse libre ?

Le contexte révolutionnaire crée un contexte favorable, c’est indéniable. De là à dire qu’il n’y a pas de presse libre sans révolution, il y a un pas de géant. Preuve en est la diversité actuelle des blogs et autres pages web, aussi critiques et acerbes que l’était la presse libre. Sommes-nous en révolution ? Je ne crois pas…

À l’inverse, je ne pense pas qu’il puisse y avoir révolution sans presse parallèle. Du coup, je dirais plutôt : hors presse libre, pas de révolution. La presse papier ou virtuelle est le média de la parole, elle sert à dire et faire entendre. De ce fait, la liberté de la presse devient systématiquement l’enjeu privilégié et prioritaire des mouvements de contestation.

Beaucoup de titres sont confrontés à des procès voire à des interdictions de publication dans les années 1970 : La Cause du peuple, L’Idiot, Hara-Kiri… Les pouvoirs en place tentaient vraiment de les démolir ?

Je ne sais pas si l’on peut dire “beaucoup” : La Cause du peuple, L’Idiot et Hara-Kiri ne sont que trois au milieu d’un océan de journaux. Cependant, ils comptent parmi la petite dizaine de titres les plus stables, les plus populaires et les plus audibles, d’où une certaine méfiance du pouvoir.

Je crois que le regard des autorités est différent selon les cas : La Cause du peuple est dangereux parce qu’il incarne une extrême gauche révolutionnaire combattive et déterminée, capable de mener des actions extrêmement fortes. On est encore dans le mythe de la “classe dangereuse”, d’un côté comme de l’autre. La classe ouvrière est incomprise du pouvoir, jugée instable et peu docile du fait de son engagement et de son importance numérique. D’autre part, La Cause du peuple est soutenue par une partie de l’élite intellectuelle, rangée derrière Sartre et Beauvoir et beaucoup de ses acteurs sont eux-mêmes issus de Normale Sup. Cette union maoïste effraie certainement le pouvoir.

L’Idiot, de son côté, paye son soutien au premier, puis sa liberté de ton, tout comme Hara-Kiri. À la fin des années soixante, la liberté de parole n’est pas encore une réalité concrète. Il y a deux freins majeurs à cela : d’une part, la tradition de respect, sinon de soumission, au pouvoir et aux “bonnes mœurs” ; d’autre part, le poids des autorités dans le contrôle de l’information. Les journaux condamnés payent pour leur irrévérence. Le cas Hara-Kiri est éloquent : se moquer de la mort du Général est l’insolence de trop pour un journal qui a déjà largement fait reculer les limites du supportable aux yeux d’un pouvoir encore très marqué par la morale.

De fait, si les journaux libres sont sans doute craints, le pouvoir ne peut guère s’opposer à eux et réellement chercher à les démolir. La bande du Professeur Choron a multiplié les provocations avant d’être sanctionnée, illustration d’une certaine souplesse du pouvoir. Je vois les interdictions prononcées comme les derniers remous d’une agonie. Le mouvement de la presse libre était irrépressible, le pouvoir a tenté de durcir le ton une dernière fois avant de succomber et d’accepter de mettre fin au contrôle direct de l’information.

” La presse parallèle est la première à parler ouvertement et sans complexe de sexualité”

Vous mentionnez l’existence dans les années 1970 d’un Syndicat de la Free press basé aux États-Unis. Comment fonctionnait-il ?

L’Underground Press Syndicate (UPS) est une coopérative qui prône la gratuité et la liberté totale de l’information. Il réunit tous les grands organes de la presse parallèles qui le souhaitent, leur permettant de se renforcer, de gagner en unité et d’organiser un réseau à l’échelle internationale, puisqu’il cherche à étendre ses ramifications par delà l’Atlantique.

Créé en 1966, son objectif est d’abord d’assurer la cohésion et la protection des journaux membres, tout en reliant les différents pôles de contestation à travers le pays : le Village Other de New York, le Berkeley Barb et l’Oracle de la Baie de San Francisco, le L.A. Free Press de Los Angeles, le Rag du Texas, etc.

Par la suite, l’UPS s’est ouvert aux titres des autres pays, notamment français (entre autres, Actuel et Le Parapluie). L’apport pour ces journaux est extrêmement important, car il va leur permettre de recueillir et transmettre toute l’actualité des mouvements américains et de faire circuler l’information en France. Et donc, de faire vivre le réseau. Mais l’apport majeur tient peut-être plus à la forme qu’au contenu. Libre de droit, les dessins (essentiellement ceux de Robert Crumb), le style de mise en page, les couleurs, l’influence psychédélique, tout est repris par des titres français qui s’inspirent très largement des “grands frères” anglais et américains – l’évolution graphique d’Actuel en témoigne.

En revanche, aux États-Unis, le rôle international de l’UPS n’a pas aussi bien fonctionné : à la pointe de la contestation contre-culturelle, les journaux anglo-saxons n’ont pas eu besoin de reprendre des éléments français. Le syndicat a davantage servi de lien entre les foyers alternatifs : le Haight à San Francisco, le Village à New York, Venice à Los Angeles…

Cette presse que vous décrivez semble surtout avoir joué un rôle majeur dans la diffusion de la problématique révolutionnaire à des domaines jusqu’ici ignorés par l’extrême-gauche : libération sexuelle, écologie, révolution culturelle… C’est la raison de son succès ?

Oui, je le pense sincèrement. Le fait de questionner les mœurs et la société tout entière, non plus seulement dans son aspect socio-politique, mais en remettant en cause le rapport à l’autre et à la différence, a totalement bouleversé la dynamique révolutionnaire. La presse parallèle a joué un rôle de support et de vecteur pour ces nouvelles interrogations, elle a su s’extraire du carcan de la réflexion d’extrême-gauche et s’adresser au plus grand nombre. Ce qui n’a pas été forcément bien reçu par les tenants de la stricte révolution marxiste.

La presse parallèle est la première à parler ouvertement et sans complexe de sexualité, de la place de la femme, d’écologie et de tout un tas de sujets ignorés ou tus par l’extrême-gauche comme par le grand public. La pluralité des thèmes abordés a permis à cette presse de dialoguer pour la première fois avec une foule de gens qui n’osaient pas parler de leurs différences ou de leurs engagements. Elle a brisé des tabous pour devenir un exutoire de souffrances. Son succès réside essentiellement là.

Un journal comme Tout semble symboliser ce glissement d’une presse purement politique à une presse investie dans des luttes générationnelles. Quelle était sa ligne ? Pourquoi ne retrouve-t-on aucun journal de ce genre de nos jours ?

Tout est effectivement le symbole de l’ouverture des gauchistes aux plus larges préoccupations de la jeunesse. Il résume le glissement qui s’opère vers de nouveaux questionnements. Sa ligne est résumée dans son titre : Tout est un journal de combat sur tous les fronts, s’adressant aux différents pans de la société.

Son sous-titre précise : “Ce que nous voulons”, le “nous” y rappelle l’unité de la jeunesse, destinataire principal du journal, et le verbe vouloir conjugué au présent renvoie à sa détermination. Tout est propre à son contexte. Ses auteurs ont compris que Mai 68 était davantage l’illustration d’une colère de la jeunesse, jusque-là contrainte au silence et à la résignation, que l’œuvre révolutionnaire d’une classe en marche.

De nos jours, le contexte est moins propice à l’émergence d’une telle presse : l’illusion de totale liberté berce une majorité et maintient encore l’activité contestataire dans un underground inaudible.

En lâchant le côté frontalement politique des premières publications des années 1950 et 1960 (Action, Internationale Situationniste), cette presse parallèle n’a-t-elle pas, in fine, servi le camp adverse, diluant le message politique dans une multitude de causes éparses ?

Plusieurs choses à souligner, ici. Tout d’abord, Action et l’Internationale Situationniste n’étaient pas uniquement focalisés sur la question politique.

D’autre part, je ne pense pas que le message politique ait été “dilué” dans la mesure où il s’est additionné à des revendications non-politiques d’intensité au moins égale. Enfin, je dirais que “servir le camp adverse” aurait consisté à laisser la presse parallèle à sa marginalité, à la résumer à cette petite presse d’extrême-gauche uniquement connue de rares initiés. Autrement dit, à ne pas globaliser les luttes. La presse parallèle a été ce qu’elle a été parce qu’elle avait étendu ses problématiques hors des frontières habituelles de la réflexion politique. L’addition de “causes éparses” lui a permis de s’adresser à toute la jeunesse, et non plus seulement à une minorité d’étudiants parisiens politisés. Mai 68 n’aurait jamais eu une telle importance si le mouvement s’en était tenu à ses préoccupations strictement politiques…

“Sans interdit, l’insolence perd de sa substance”

Aujourd’hui, aucun journal véritablement dissident (sans pub, sans concession politique, sans argent) ne parvient à rivaliser avec les tirages de l’époque, pas même La Décroissance ou Fakir, les deux titres les plus vendus. Pourquoi cette différence de diffusion ? Il est plus compliqué aujourd’hui de faire vivre un titre ?

Il est, je crois, incontestablement plus difficile de faire vivre un journal, d’autant plus s’il s’agit d’un journal alternatif. Il faut se souvenir que dans les années 1960-1970, il n’existe aucun autre média que la presse parallèle pour faire vivre la contestation : ni réseaux sociaux, ni Internet, ni même de radios libres (il faut attendre l’aube des années 1980 pour cela).

Aujourd’hui, la pluralité des moyens d’expression et leur simplicité d’accès ringardisent inévitablement les outils traditionnels. La jeunesse actuelle n’a pas grandi avec l’habitude d’aller chercher le journal, elle a évolué dans le virtuel. Rien d’étonnant, donc, à ce que le support papier ne parvienne pas à la toucher aussi aisément que la jeunesse quarante ans en arrière.


Paradoxe : alors que les procès pour pornographie ou outrage pleuvaient dans les années 1960 et 1970, alors que la législation sur la question s’est depuis allégée, aucun titre contemporain ne peut rivaliser avec l’outrance joyeuse d’Hara-Kiri ou la virulence politique de L’Enragé. Pourquoi ? L’heure n’est plus à la contestation ?

 

Pour être subversif, il faut violer un interdit ; sans interdit, l’insolence perd de sa substance. C’est précisément parce que la législation s’est allégée qu’il n’y a plus autant d’intérêt à provoquer le pouvoir. Les mouvements de contestation doivent être vus, il me semble, comme des ressorts : plus ils sont comprimés, plus ils bondiront haut et loin. Ainsi, plus le pouvoir sera dur, plus la contestation sera vive. L’histoire en donne largement la preuve : il est plus difficile de mener une lutte révolutionnaire à son terme dans un pays dit “démocratique” que sous une dictature. Ajoutons à cela une bonne dose de “politiquement correct” dans le climat actuel, et nous obtenons les raisons du manque de panache des titres contemporains. La pression ne vient plus du pouvoir, la retenue n’est plus imposée, elle s’impose d’elle-même.

“Tous sont rentrés dans le rang, par choix ou par résignation”

La censure de nos jours semble aussi plus insidieuse, relevant davantage de blocages économiques et structurels…

Même raisonnement : si la censure n’est pas directe, elle est plus efficace puisque plus difficilement combattue. Aujourd’hui, plus d’ORTF ni de ministère de l’Information. Tout se fait en coulisse, avec les jeux d’intérêts, de pouvoir et de clientélisme, les amitiés entre le pouvoir et les grands groupes médiatiques… Cependant, les difficultés que rencontrent les journaux alternatifs aujourd’hui doivent sans doute plus au contexte qu’à l’œuvre de la censure.

 

Aucun des journaux survivants des seventies n’en a gardé l’esprit véritablement frondeur – ni Libé, ni Charlie Hebdo, ni L’Écho des Savanes… On ne peut pas tenir sur la distance une entreprise de démolition en règle ?

Pour la majorité, les difficultés financières, le manque de renouvellement ou d’envie ont coupé court à toute prétention de survie. D’autres sont parvenus à se maintenir, au prix de nombreux sacrifices, parfois jusqu’à aujourd’hui.

Première chose à noter : tous ceux qui ont survécu étaient déjà des structures professionnelles aspirant à une vente en règle, dans les kiosques et librairies. Il y avait d’emblée une volonté de s’inscrire dans la durée, et donc d’être près au sacrifice. Cette disposition explique leurs évolutions postérieures. Tous sont rentrés dans le rang, par choix ou par résignation. Les uns ont oublié la fougue de la jeunesse, d’autres ont accepté les règles du jeu : Libé a dû renoncer à son principe autogestionnaire pour dépasser les querelles intestines, Charlie a perdu une partie des auteurs qui faisait son talent et peut-être aussi un peu de son inspiration, L’Écho a accueilli de nouvelles générations, pas forcément moins bonnes, mais différentes, avec de nouveaux enjeux. Les titres qui ont réussi à se maintenir ont parfois évolué avec leur public, avant d’accueillir de nouveaux auteurs qui – eux – n’ont pas grandi avec la même soif subversive.

“La toile est à l’image de la presse libre”

En conclusion, vous semblez reporter sur Internet l’espoir d’un renouvellement de la presse parallèle. Hors l’investigation (Mediapart, parfois Rue89, Owni), le Net ne semble pourtant pas vraiment adapté à la démarche des “glorieux” prédécesseurs évoqués dans votre livre. Hara-Kiri ou La Gueule ouverte sur Internet n’auraient aucun sens, non ?

Ces “glorieux” prédécesseurs ont gagné leur notoriété par leur petit nombre et leur rôle de défricheurs. Aujourd’hui, il n’est plus possible de retrouver cet esprit pionnier. La presse parallèle actuelle est donc moins spectaculaire, sans doute, mais elle continue d’entretenir le débat et de porter des idées, objectifs premiers des titres des années soixante-dix.

Il me semble qu’Internet, derrière l’immense majorité de pages sans grand intérêt, fourmille de sites dédiés à cela. C’est parce que cette “presse” est toujours minoritaire et différente qu’elle reste parallèle… Vous évoquez la démarche des “glorieux” prédécesseurs, mais vous oubliez la masse des anonymes, les petites feuilles de chou artisanales faites par des amateurs qui ont simplement envie de donner leur point de vue sur tel ou tel sujet. À l’évidence, le blog en est le digne successeur. Le but de la presse parallèle est de donner la parole au plus grand nombre, Internet offre cette possibilité. La toile est à l’image de la presse libre, puisque par définition elle se veut libre, indépendante et combattive.

Malgré tout, il est vrai que dans les années 1960-1970, la forme importait autant que le fond, car les artisans de la presse parallèle ont décloisonné l’une comme l’autre. Ils ont apporté de la couleur, des images, les ont mêlés aux textes, ont sorti les mots de leurs cadres habituels. La forme reflétait le fond, tout comme les cheveux longs étaient une application quotidienne et visuelle des idées qui se cachaient dessous. Une façon de sortir de la norme, de l’assumer et de le revendiquer visuellement.

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