Alors que les prévisions sur le front de l'emploi sont toujours plus inquiétantes, le gouvernement réduit les dépenses de l'Etat destinées à la lutte contre chômage, au risque de sacrifier les chômeurs sur l'autel de la rigueur. 

Affichant son souci de réduire les déficits publics le gouvernement a fait le choix de la rigueur  budgétaire. Dans une période de fort chômage, les politiques de relance sont pourtant les mieux à même de combattre le chômage : en soutenant la consommation, elles permettent à l'activité de repartir, et aux entreprises de créer des emplois.

Ce n'est pas du tout l'option retenue aujourd'hui. Le projet de loi de finances (PLF) pour 2012 prévoit ainsi une baisse générale des dépenses de l'Etat, y compris en matière d'emploi : les crédits de la mission Travail-Emploi du budget de l'Etat seront en diminution de 1,39 milliard d'euros en 2012 par rapport à 2011, soit une baisse de 12 % ! Un paradoxe total dans un contexte où le chômage continue d'augmenter (+ 4,3 % de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi en un an), et en particulier le chômage de longue durée.

Les prévisions pour 2012 ne sont pas bien meilleures : le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi en catégories A, B et C devrait atteindre près de 4,2 millions fin 2011 et 4,3 millions en 2012, selon les prévisions de l'Unedic. Des chiffres inégalés depuis le début des séries statistiques actuelles du chômage, en 1997.

Les chômeurs en souffrance

Les chômeurs seront-ils sacrifiés à l'autel de la rigueur ? Plusieurs indices peuvent déjà le faire penser… Ainsi, alors qu'un nombre croissant de demandeurs d'emploi ne perçoivent aucune indemnisation, le plan « Rebond pour l'emploi » en faveur des chômeurs en fin de droits n'a pas été reconduit. Le financement par les pouvoirs publics du dispositif de chômage partiel a été réduit. L'accès à l'allocation équivalent retraite (AER), réservée aux seniors au chômage, a été fortement restreint. Le nombre de contrats aidés programmés pour 2012 est en baisse : 400 000 selon le PLF, contre 520 000 réalisés en 2011. Les crédits accordés aux structures de l'insertion par l'activité économique (IAE) stagnent depuis deux ans, alors qu'un nombre croissant de chômeurs s'adressent à elles pour accéder à l'emploi et être accompagnés dans leurs difficultés.

Quant aux allocataires du revenu de solidarité active (RSA) qui ne travaillent pas, ils sont montrés du doigt par l'UMP. Pourtant, personne n'a d'emplois à leur proposer, en dehors de contrats aidés de 7 heures par semaine, dont on peut difficilement estimer qu'ils satisfont à une norme minimale de qualité de l'emploi.

Dans un tel contexte, non seulement les systèmes d'indemnisation des chômeurs mériteraient d'être repensés, mais les politiques de lutte contre le chômage également. Il s'agirait  notamment de mettre l'accent sur les contrats aidés et le chômage partiel, et de poursuivre la réduction du temps detravail sur l'ensemble de la vie, à travers par exemple l'instauration de congés parentaux mieux indemnisés et mieux partagés entre les hommes et les femmes. Le chômage n'est pas une fatalité, et il peut être combattu efficacement. Mais encore faut-il s'en donner les moyens.

Camille Dorival
Article Web - 19 octobre 2011

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