Rédacteur en chef des « Enfants de la Zique », Gérard Authelain parie depuis 1995 sur la chanson française en tant qu'instrument pédagogique. 

Gérard Authelain veut « ouvrir l'esprit des jeunes le plus possible »,
et déplore qu'on « rogne sur les budgets » de l'enseignement musical. (photo Pascal Couillaud)

 

Les yeux bleus pleins de tendresse et de malice, le teint rose et le sourire épanoui, l'élocution généreuse et la voix vibrante de passion : Gérard Authelain ne paraît pas ses 74 ans. Le fait est qu'il a « la patate », comme disent les jeunes qui se bousculent aux portes du Chantier des Francos. Des jeunes pour lesquels il se bat, avec des armes toutes pacifiques, depuis des années.

Rédacteur en chef du magazine « Les Enfants de la Zique » depuis le lancement du premier numéro, en 1995, Gérard Authelain vit pour la musique. Et pour la chanson. La bonne chanson française, qu'elle date de l'époque des troubadours, ou qu'elle soit l'œuvre des rappeurs et slameurs d'aujourd'hui.

Il y a quelques jours, ce citoyen de Bourg-en-Bresse a quitté la région lyonnaise, dont il est originaire, pour La Rochelle. Il y avait rendez-vous avec un cortège d'enseignants, réunis pour un stage de trois jours dans le cadre du Chantier des profs. Sa mission : les aider à utiliser la chanson comme un outil pédagogique.

Outil pédagogique

C'est ça « Les Enfants de la Zique ». Une exploration du patrimoine chanté à l'usage des jeunes. À l'origine, on trouve Jean-Louis Foulquier, le fondateur des Francofolies, qui a lancé, en 1995, la Semaine de la chanson française, avec des ateliers dans les écoles. Comme de juste, l'expérience a débuté en Poitou-Charentes, exactement à La Rochelle, qui en est le berceau, et dans la région Rhône-Alpes. Autrement dit, sur les terres de Jean-Louis Foulquier et de Gérard Authelain.

« Toute une histoire »

En 1995, le premier numéro des « Enfants de la Zique » proposait quatre chansons. Aujourd'hui, le 18e livret (accompagné d'un CD) en contient 17. Le tirage est passé de 500 à 40 000 exemplaires. L'opération, pilotée par les Francofolies et le CNDP (Centre national de documentation pédagogique) s'est progressivement étendue à toute la France. Elle bénéficie du partenariat du ministère de l'Éducation et de celui de la Culture. Et du dévouement de Gérard Authelain. Chaque année, un thème préside à la sélection des chansons publiées.

Les deux derniers livrets, 17 et 18, sont toutefois réunis sous la même étiquette : « Toute une histoire ». Les textes, de la vieille et belle « Complainte du roi Renaud » à « Je cours » de Bernard Lavilliers, en passant par « Les élucubrations d'Antoine » ou « 8h04 » de Babx, sont l'occasion de comprendre en quoi l'époque et le lieu ont influencé des générations d'artistes. « Et comment une chanson interroge l'histoire », souligne Gérard Authelain. « Il y a celles qui racontent l'Histoire et celles qui racontent de petites histoires. »

Un coup de cœur

Comment choisit-on les chansons ? « En fonction de ce qu'on aime, et avec l'avis des ministères de la culture et de l'Éducation. Il faut que les textes aient un intérêt artistique et pédagogique. Mais on ne veut pas instrumentaliser la chanson à des fins idéologiques, elle doit rester ce qu'elle est, un coup de cœur », commente le rédacteur en chef des « Enfants de la Zique ».

À bientôt 75 ans, qu'est-ce qui fait courir Gérard Authelain ? « L'éducation populaire. Il s'agit d'ouvrir l'esprit des jeunes le plus possible, sans être superficiel. » Et lui, comment est-il devenu un enfant de la Zique ? « Mon père était mélomane. J'ai appris le piano à 5 ou 6 ans. J'ai suivi des stages, j'ai chanté dans un groupe avec des amis. J'étais frustré de ne pas avoir eu de vraie formation, alors je suis très vite intervenu dans les écoles, j'ai choisi d'être animateur musical. »

Jugeant que la chanson - la bonne - est importante pour l'apprentissage du langage symbolique chez l'enfant, Gérard Authelain déplore le peu de moyens accordés à l'éducation musicale dans les écoles. « D'année en année, on rogne les budgets et cet enseignement est en très grand péril. C'est grave par rapport à la formation de l'individu. »

Mardi 24 janvier 2012 à 06h00 | Mis à jour le 24 janvier 2012 à 09h58
Par CHRISTIANE POULIN

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