EVS dans des écoles charentaises, chacun réclamait hier plus de 15 000 euros pour déficit de formation.

Hier matin, les EVS n'ont pas manqué l'audience (photo céline levain)

Ils étaient 12, hommes et femmes, à occuper hier plusieurs rangs de la salle d'audience du Conseil des Prud'hommes, à Angoulême. Ils étaient Employés de vie scolaire (EVS) dans les écoles du département. Certains le sont encore. Soutenus par le Syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles (Snuipp) en Charente, tous poursuivent l'Éducation nationale devant les Prud'hommes pour déficit de formation.

Marie-France a 60 ans, dont cinq ans de « contrat d'avenir », reconduit autant de fois dans une école de l'agglomération angoumoisine jusqu'en juin dernier. Ex-secrétaire de direction, elle avait choisi de s'arrêter dans les années 90 pour accompagner au mieux son mari souffrant. Le contrat aidé, c'était une bouée inespérée à 800 euros net par mois, « mieux que Pôle emploi ».

Obligation légale

Problème, « les cinq ans qu'on a passés ne nous ont servi à rien pour trouver autre chose ». Si Marie-France vient de prendre sa retraite, Catherine, 54 ans, même cursus - d'un contrat dit d'avenir à l'autre -, a de quoi s'inquiéter : « On a cinq ans de plus sur le marché du travail. C'est énorme. Il n'y a même pas de validation des acquis d'expérience, comme ça se fait très souvent. Même le CAP petite enfance ne correspond pas. » Unanimement appréciés par leur chef d'établissement, ils ne ménageaient pourtant par leur peine, occupant des postes couteau suisse, d'une tâche administrative à la surveillance des élèves.

« Ces personnes étaient dans une certaine précarité. La philosophie était bonne », convient à l'audience leur avocat angevin Jean-Pierre Bougnoux. Comme « tout employeur en France », l'Éducation nationale est tenue à une obligation de formation. Or « aucun projet personnalisé n'a été proposé », constate-t-il. S'appuyant sur diverses jurisprudences, il réclame une requalification purement formelle des contrats en CDI. À la clé, espère-t-il, environ 15 000 euros pour chacun des demandeurs.

Chose que s'est attelé à contester, au cas par cas, M. Saint-Hilaire, l'agent-comptable du lycée angoumoisin de l'image et du son (Lisa), envoyé au front par l'Éducation nationale. « Le Code du travail ne définit pas quel niveau de formation ou type de formation doit être apporté. » Il dresse l'inventaire presque cocasse de « l'accompagnement » dont chacun a bénéficié : « deux jours de formation à un logiciel de documentation » pour l'un, « la maîtrise de la messagerie électronique » pour l'autre. Et de saluer au passage les progrès d'un troisième qui « a su adapter son niveau de langage en fonction du public ». Soupirs contenus dans les rangs des EVS. « On a l'impression qu'on était de vrais nuls ! » Le délibéré sera rendu le 3 mai.

06h00

SUDOUEST.fr