Jean-Luc Mélenchon a frappé un grand coup hier place de la Bastille à Paris

Le candidat du Front de gauche a réussi sa « prise de la Bastille » symbolique. (photo françois guillot/afp)

Les vieux Parisiens avouaient ne pas se souvenir de la dernière fois où, pour un motif strictement politique, une foule aussi dense avait envahi leur ville. « Peut-être à Denfert-Rochereau, pour soutenir Chirac lorsqu'il a dit "non" à la guerre en Irak ?», hasardait ce proche du Front de gauche en faisant preuve d'un bel œcuménisme…

Toujours est-il que, hier, l'équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon ne faisait pas mystère d'une réalité dépassant de très loin ses hypothèses les plus optimistes. Elle savait qu'au bas mot, 25 000 personnes seraient de la partie. De là à imaginer qu'il en vienne, selon les organisateurs, largement quatre fois plus…

Le PC très présent

À 17 heures, sur la place de la Bastille, les gens, black-blanc-beur, de tous âges mais avec une forte proportion de jeunes, étaient au coude-à- coude, collés-serrés, toutes les rues et tous les boulevards alentour étaient noirs de monde. En montant à la tribune, Jean-Luc Mélenchon n'a pu dissimuler son bonheur, qu'il a exprimé par un rire sonore. Et de lancer : « Où étions-nous passés depuis tout ce temps ? On se manquait, on s'espérait. Le peuple révolutionnaire a été réveillé en France… »

C'est à Nation qu'a été donné le départ de la manifestation vers la Bastille. Les deux places comme le parcours avaient été abondamment garnis des calicots et des affiches du Front de gauche, preuve que les troupes militantes du Parti communiste rodées à l'immense barnum de la Fête de « L'Huma » ne demandent qu'à libérer leur énergie. Un PC d'ailleurs très présent tout au long de la journée, même s'il est évident que la courroie d'entraînement de l'actuel engouement a pour nom Mélenchon.

À Nation, sous le ciel gris, c'était la fête. Nombre de jeunes femmes incarnaient la République, les bonnets phrygiens étaient légion, les fanfares entonnaient déjà « Le Chant des partisans » ou « L'Internationale » sur des tempos jazzy.

Question slogans, l'imagination avait pris le pouvoir. Florilège : « On n'est pas en vacances, on écrit l'histoire de France » ; « Que les riches vivent plus simplement pour que les pauvres puissent simplement vivre » ; « Regarde bien ta Rolex, c'est l'heure de la révolte » ; « Le sarkozysme est un affront national ».

Dans le bruit des pétards, les odeurs de merguez et d'oignons frits, le joyeux cortège s'est écoulé durant trois heures. À la Bastille, les figures connues tenaient conférence de presse non-stop. « J'ignore où ça s'arrêtera ; ça monte, ça monte », souriait Jacques Généreux, l'économiste du Parti de gauche, en se demandant « qui d'autre peut mobiliser à ce point dans ce pays ».

À côté, Pierre Laurent et les cadres communistes se réjouissaient, Marie-George Buffet résumant la situation : « Notre objectif, c'est que demain, la gauche gagne, mais surtout qu'après-demain, elle réussisse. »

« Le cri du peuple »

Et Mélenchon est arrivé à la tribune. Pour une prise de parole courte - à peine vingt minutes -, sur un ton inhabituel. Face à cet océan humain, il a usé d'un débit beaucoup plus lent qu'à l'ordinaire, avec des accents très gaulliens. À certains moments, c'est à Malraux que le tribun a fait songer.

Un discours ramassé, très construit. Un Jean-Luc Mélenchon sans doute ému pour qui sait le sentimental qu'il est, un Jean-Luc Mélenchon solennel. « Que vienne le temps des cerises et des jours heureux », a-t-il dit avant d'évoquer tous les lieux du monde « où l'on rêve français, où il y a des servitudes ». La Grèce, l'Espagne, un peu partout, le poids de « l'oppression abjecte ». Et de s'appuyer sur trois mots pour faire passer son message : liberté, égalité, fraternité. En peu de phrases, il a déroulé son programme, celui de la « Constituante » qu'il espère. « C'est nous qui le permettrons », lançait-il avant de parler droit à l'avortement inscrit dans la Constitution, laïcité, liberté de conscience, interdiction de breveter le vivant, libéralisation de la justice. « Nous sommes le cri du peuple ! », a-t-il hurlé.

Au milieu des milliers de drapeaux tricolores, de pancartes appelant à la VIe République, de fanions du PC et du Front de gauche, la foule a entonné « L'Internationale », puis « La Marseillaise ». Ensuite, ne restait plus qu'à écouter Ferrat chanter « Ma France ».

06h00 | Mise à jour : 08h23
Par Patrick Guilloton envoyé spécial

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