Ce mercredi, le gouvernement doit présenter son projet de décret sur le retour de la retraite à 60 ans. Combien cela va-t-il coûter? Qui est concerné? Les périodes de chômage seront-elles prises en compte? Réponses

Arnaud Montebourg, Marisol Touraine, Jean-Marc Ayrault, Michel Sapin et Marylise Lebranchu
ont reçu les partenaires sociaux hier, dont Laurence Parisot (Medef) et Bernard Thibault (CGT) (AFP BERTRAND GUAY)

Le candidat François Hollande avait pris soin de promettre peu à ses électeurs, mais le président qu'il est devenu le 6 mai dernier a tenu à honorer au plus près les engagements qu'il avait pris.

Pour un socialiste, le plus important est de ne pas décevoir le monde du travail, qui attend beaucoup d'un gouvernement de gauche.

Il était donc urgent de rétablir la retraite à 60 ans pour les 100 000 salariés qui ont commencé à travailler tôt (à 18 et 19 ans) et de relancer le dialogue social rompu par Nicolas Sarkozy, qui avait fait de son combat avec la CGT le leitmotiv de ses dernières semaines de campagne.

Conférence les 9 et 10 juillet

Sur ce dernier point, Jean-Marc Ayrault a confirmé hier, après avoir reçu les partenaires sociaux, que la « grande conférence sociale » destinée à officialiser le retour à la normale aurait lieu les 9 et 10 juillet prochains. Michel Sapin, ministre du Travail, a annoncé que la conférence se démultiplierait en sept tables rondes sur l'emploi, la formation tout au long de la vie, les rémunérations et le pouvoir d'achat, le redressement de l'appareil productif, l'égalité professionnelle hommes-femmes, les retraites et la fonction publique. D'ici là, le « coup de pouce » au smic sera dévoilé.

Pour la retraite à 60 ans, le projet de décret sera présenté aujourd'hui en Conseil des ministres et relève davantage de l'« affichage politique » que de la mesure calibrée et ajustée, comme l'a fait remarquer hier Philippe Pihet, président de l'Arrco (caisse complémentaire du régime général) et spécialiste des retraites à la confédération FO.

Le texte doit absolument être rendu public avant le premier tour des législatives, mais « aucun document écrit ni aucun chiffrage officiel n'a été remis aux organisations syndicales », explique Philippe Pihet.

Les leaders syndicaux, autant salariés que patronaux, restent donc dans le brouillard pour ce qui concerne les modalités, ce qui a permis à Laurence Parisot (Medef) de critiquer un manque de concertation.

Coût moindre que prévu

Selon Pierre Moscovici, ministre de l'Économie, qui s'est exprimé dimanche dernier, les premières simulations sur le projet de décret sont plutôt encourageantes et le coût du retour de la retraite à 60 ans serait nettement mois élevé que les 5 milliards sur cinq ans qui avaient été prévus. Selon « Les Échos », on ne dépasserait pas les 2 milliards. Alors que le financement de la mesure était prévu par une hausse de 1 % des cotisations retraite sur cinq ans (0,5 pour les employeurs et 0,5 pour les salariés), le décret était encore à l'arbitrage hier après-midi pour savoir s'il est opportun de desserrer les critères d'attribution des retraites pour les carrières longues ou si l'on peut plutôt réduire les hausses de cotisation prévues, expliquait Éric Aubin, de la CGT.

Un geste pour les femmes

Une chose est sûre, le gouvernement a déjà choisi de faire un geste en faveur des femmes. Il faut dire que le PS avait critiqué la réforme des retraites pour son caractère injuste envers les femmes, qui ont plus de mal que les hommes à réunir 41 annuités de cotisation. Jusqu'à maintenant, le dispositif de départ anticipé n'intègre les congés maternité dans le décompte que dans la limite de quatre trimestres. Il ne serait donc plus question d'imposer de restrictions qui pénalisaient les grossesses à risque ayant nécessité des arrêts plus longs pour raisons médicales. Par ailleurs, la majoration de 8 trimestres validés par enfant n'est pas comptée comme équivalant à des trimestres cotisés, et Marisol Touraine aurait insisté pour qu'elle y soit intégrée pour les départs anticipés. Des mesures peu coûteuses mais hautement symboliques.

Chômage

Tous les syndicats ont insisté pour que les périodes de chômage soient prises en compte, y compris le chômage de longue durée, pour les départs anticipés. Ces périodes de chômage sont particulièrement typiques des trimestres « validés » mais pas considérés comme cotisés. Les réticences du gouvernement s'expliquent par le coût de cette mesure, bien plus élevé que pour les congés de maternité.

Retraites complémentaires

Pour Philippe Pihet, contrairement à l'argument avancé par Laurence Parisot, « dès que le gouvernement aura signé le décret instituant le retour à la retraite à 60 ans, celui-ci s'imposera aux caisses de retraite complémentaire ». Celles-ci, qui n'ont pas des réserves inépuisables, surtout l'Arrco, devront donc lancer des négociations, sans doute d'ici à la fin de l'année, pour relever leurs cotisations afin d'équilibrer leurs comptes.

Selon Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT, la prise en compte des carrières longues valide la prise de position de la CFDT, qui s'était engagée seule contre tous dans ce processus en 2003, du temps de la réforme Fillon.

06h00 | Mise à jour : 09h58
Par Jean-Pierre Deroudille

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