Antonis Samaras, leader de Nouvelle Démocratie, parti qui a remporté les législatives avec 29,5% des voix,
devant le parti de gauche radicale Syriza. (Photo Yannis Behraki)

Analyse Le leader du parti de droite Nouvelle Démocratie, qui a remporté de justesse les élections législatives, voudrait former une coalition avec les socialistes du Pasok.

Par Maria Malagardis, Envoyée spéciale à Athènes

Décidément, la Grèce réinvente à sa façon la série Urgences avec une gestion assez inédite du suspense électoral : hier soir, toutes les chaînes de télévision ont, pour la première fois, retardé d’une demi-heure l’annonce des résultats des élections législatives, avant de confirmer la très courte victoire des conservateurs de Nouvelle Démocratie. Les premiers sondages de sortie des bureaux de vote jouaient en effet sur moins de 0,5% de différence entre les deux favoris : Nouvelle Démocratie d’un côté et la coalition de la gauche radicale, Syriza, de l’autre.

«Au fond, ce sont eux les vrais vainqueurs du scrutin», commentait un journaliste sur la chaîne publique Net, sitôt les chiffres définitifs connus. Syriza est en effet passé de 4,6% en 2009 à 16% le 6 mai avant de bondir à 27% dimanche.

Faute d’avoir permis de dégager une majorité suffisante pour gouverner le 6 mai, les électeurs grecs avaient été à nouveau appelés aux urnes hier, à l’issue d’une campagne sous forte pression internationale. Selon les instituts de sondage, 13% des électeurs se sont décidés le jour même, en allant au bureau de vote. Il faut croire que la peur et la menace d’une sortie de l’euro ont joué. Pendant toute la campagne, et surtout au cours des derniers jours, les avertissements des responsables européens n’ont pas manqué pour annoncer une sortie de la Grèce de la zone euro au cas où «un parti remettant en cause le plan d’austérité gagnerait les élections».

Drachme. Vendredi, l’édition allemande du Financial Times s’adressait en une aux électeurs grecs afin de les dissuader de voter pour «le démagogue» Alexis Tsipras, qui avait annoncé une renégociation unilatérale du plan de sauvetage et surtout l’arrêt immédiat des mesures d’austérité les plus dures.

Tsipras avait beau répéter qu’il souhaitait le maintien de la Grèce dans la zone euro, c’est bien le spectre d’un retour à la drachme qui a été agité par les partenaires européens du pays, ainsi que par Antonis Samaras, le leader de Nouvelle Démocratie. Ce dernier s’était malgré tout démarqué des déclarations intempestives qui pouvaient le desservir dans un pays quelque peu secoué par les diktats venus de l’étranger.

En offrant 29,5% de leurs voix à Nouvelle Démocratie, les électeurs grecs ne donnent pas pour autant un chèque en blanc aux conservateurs. Certes, grâce à la loi électorale grecque, ils sont assurés d’obtenir une prime de 50 sièges. Au final, Nouvelle Démocratie obtiendrait 127 députés, contre 72 à Syriza. Mais on reste encore loin de la majorité absolue (151 sièges) nécessaire pour former un gouvernement, et surtout faire voter les réformes nécessaires au redressement.

Paradoxalement, c’est donc le Pasok socialiste, qui a gouverné entre 2009 et 2012, qui jouera le rôle d’arbitre. Triste et difficile destin pour un parti qui avait longtemps été habitué à des scores de près de 40%, avant de chuter à 12% dimanche. Acceptera-t-il, pour ne pas laisser la Grèce ingouvernable, de participer à un gouvernement avec l’ennemi historique que constitue Nouvelle Démocratie ? C’est un sacrifice que les socialistes du Pasok prendraient alors le risque de payer cher.

Ombre. A moins que Samaras ne cherche le soutien des nationalistes des Grecs indépendants, issus d’une scission de son propre parti et qui sont ouvertement opposés au mémorandum de Bruxelles et du FMI ? Ces derniers sont désormais le troisième parti, avec 20 sièges dans la nouvelle Assemblée.

Samaras, qui avait fini par voter le plan de sauvetage fin 2011 après y avoir été longtemps opposé, sait qu’il devra renégocier certaines mesures d’austérité pour ne pas être trop vite désavoué par la rue. Il l’a annoncé pendant la campagne et il sait déjà que, fort de son score et de l’appui des syndicats, Syriza lui mènera la vie dure. Ex-nationaliste reconverti en européen convaincu, Samaras bénéficiera sans doute d’une certaine compréhension à Bruxelles et au FMI. Mais sa marge de manœuvre sera serrée alors que les résultats des élections montrent que l’hostilité à l’austérité reste majoritaire dans le pays.

Autre ombre au tableau : le maintien des néonazis d’Aube dorée à 7%, comme lors du scrutin du 6 mai, fait planer un parfum de République de Weimar dans un pays à bout de souffle qui craint déjà de devoir retourner aux urnes dans quelques mois.

17 juin 2012 à 22:16

LIBERATION.fr