L'assemblage de la Peugeot 207 sur une chaîne de montage le 27 janvier 2012 à l'usine PSA Peugeot-Citroën
de Poissy (Photo Thomas Samson. AFP)

C'est ce que révèle un document de la direction, révélé ce vendredi, alors que le patron du groupe a affirmé qu'il n'y aurait «pas de licenciements secs».

Au lendemain du séisme provoqué par l’annonce par PSA d’un plan social d’une ampleur sans précédent pour le groupe, la direction doit préciser vendredi site par site ses projets qui prévoient la fin de la production à Aulnay et la suppression de 8 000 postes en France.

Alors que le groupe évoque depuis jeudi des départs volontaires, un document de la direction, révélé ce vendredi par l'AFP, fait état de possibles licenciements, si le nombre de volontaires au départ est insuffisant. «Une phase de licenciement collectif pour motif économique» sera ouverte, «si à l’issue de la phase de volontariat, il n’a pas pu être procédé au reclassement de la totalité des salariés concernés par la suppression des postes» à Aulnay-sous-Bois (3 000) et Rennes (1 400), dit le document. Plusieurs syndicalistes se sont montrés sceptiques jeudi sur la probabilité que PSA Peugeot Citroën trouve autant de candidats au départ.

La période de volontariat pour ces deux sites d’assemblage débuterait à l’issue des procédures d’information et consultation des instances représentatives du personnel. Elle serait ensuite ouverte jusqu’au 30 juin 2013 pour Rennes et jusqu’au 31 octobre 2013 pour Aulnay, où la fin de la production est programmée pour 2014.

Pourtant, jeudi soir sur le plateau du journal télévisé de TF1, Philippe Varin, le président du directoire de PSA, a affirmé qu'il n'y aurait pas de «licenciements secs» et que personne ne serait «laissé au bord du chemin».

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a de son côté exhorté vendredi les dirigeants du groupe PSA, vendredi lors d’une visite à Nantes, à répondre à plusieurs questions précises sur le plan social. «Pourquoi cette annonce maintenant? Est-ce que cette situation n'était pas connue déjà depuis plus longtemps, voire un an, voire deux ans? Pourquoi cette situation s’est dégradée alors que l’Etat (...) a versé 4 milliards d’euros à ce groupe industriel. Quel a été le rôle de l’actionnaire notamment de la famille Peugeot?», a notamment demandé Jean-Marc Ayrault devant la presse. «Toutes ces questions, nous avons le devoir de les poser et nous attendons des réponses», a ajouté le chef du gouvernement.

  

La production arrêtée à Aulnay

La «ligne de production ne tourne pas depuis environ 11 heures» à l’usine PSA Peugeot Citroën d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), a indiqué vendredi la direction du site, la CGT affirmant qu’un «débrayage» des ouvriers en est à l’origine. «Il ne s’agit pas d’un débrayage», «certaines personnes sont encore extrêmement choquées, nous ne souhaitons pas les forcer à travailler» ce vendredi, a souligné la direction de l’usine dont la fermeture en 2014 a été annoncée jeudi. La direction précise qu’elle «ne s’est pas fixé d’objectif de production aujourd’hui», «ce n’est pas la priorité».

Des comités d’entreprise étaient prévus ce vendredi matin dans chaque site du groupe. La direction du groupe a annoncé jeudi la fin de l’assemblage à Aulnay (3 000 postes) à partir de 2014, la suppression de 1 400 postes à Rennes (soit un poste sur quatre) et de 3 600 emplois dans les effectifs hors production tous sites confondus, dont 1 400 en recherche et développement.

Le site PSA de Mulhouse (Haut-Rhin), où travaillent près de 8 300  salariés et 800 intérimaires, sera touché par un plan de 273 départs volontaires, qui ne concernera pas le secteur de la production, a indiqué la CFDT en fin de matinée.

Cette mesure a été annoncée aux représentants syndicaux par le directeur du site de Mulhouse, Jean Mouro, lors de cette réunion convoquée au lendemain du comité central d’entreprise à Paris, a dit à l’AFP Robert Calvet, délégué CFDT.

«Ce plan concerne les emplois de structures, dans les services de recherche-développement ou administratifs, par exemple. Apparemment il n’est pas question de licenciements secs chez nous. Le problème, c’est qu’il y a sans doute des salariés qui souhaiteraient partir, mais ils ne travaillent pas forcément dans les services concernés par le plan», a détaillé le syndicaliste.

Environ 700 postes touchés à Poissy

Sur le site de Poissy (Yvelines), ce sont 700 postes environ que PSA prévoit de supprimer, selon la direction et des sources syndicales. Lors du comité d’entreprise vendredi matin, la direction a remis aux représentants du personnel un dossier de consultation, qui sera discuté le 26 juillet lors d’un nouveau CE.

Un responsable de la direction a assuré que le site yvelinois «mettra tout en œuvre pour accueillir les salariés d’Aulnay qui en feraient la demande». Sur les 702 suppressions de postes prévues à Poissy, sont concernés 446 ouvriers, 189 agents de maîtrise et 67 cadres, a précisé une source syndicale.

«Contrairement à Aulnay et Rennes où il s’agit d’un plan de sauvegarde de l’emploi, sur les autres sites dont Poissy, il s’agit d’un plan de redéploiement des compétences basé sur le volontariat avec des mesures d’incitation au départ volontaire», a précisé Michel Prost, secrétaire FO au CE. «Ce n’est pas aux salariés de payer les erreurs de stratégie du groupe et on demande que PSA mette les moyens pour que personne ne reste sur le carreau», a-t-il ajouté.

Ampleur inégalée

Le plan global est d’une ampleur inégalée depuis la crise de 2008/2009 tous secteurs confondus, lorsque PSA avait déjà fait partir 5 700 salariés volontaires. Sur les 8 000 suppressions de postes, le constructeur prévoit 6 500 départs nets du groupe, et donc 1 500 reclassements internes.

 

Premier test pour le gouvernement

Vendredi matin, le patron de PSA Philippe Varin a plaidé en faveur d'une «baisse massive du coût du travail en France». «Pour restaurer nos marges, il y a une marge de flexibilité sur le coût du travail. Nous avons le coût du travail le plus cher en Europe et nous produisons 44% de notre production en France, donc il faut baisser les charges qui pèsent sur le travail de manière massive», a-t-il dit sur RTL.

 

Réponse de Jean-Marc Ayrault : «Ce serait un peu facile que le PDG de cette entreprise se défausse en disant: «traitez le problème du coût du travail et tout sera résolu», non!»

L'annonce de PSA a provoqué jeudi un choc social et politique, le président François Hollande exprimant sa «vive préoccupation». Le gouvernement, confronté à son premier test social, a réagi avec force. Jean-Marc Ayrault a demandé à PSA d'étudier «toutes les alternatives», son ministre du Redressement productif déclarant que le gouvernement «n’accept(ait) pas en l'état» le plan. De son côté, la Garde des Sceaux Christiane Taubira a estimé ce vendredi que PSA est «une entreprise privée mais dans un Etat de droit, et dans un Etat de droit, il y a des obligations et les salariés notamment ont des droits».

Arnaud Montebourg, qui doit annoncer un plan d’aide à la filière automobile le 25 juillet, a précisé qu’il «réunirai(t) bientôt» les syndicats. Le groupe a mis en avant des pertes au premier semestre et une réduction durable des marchés en Europe pour justifier ces décisions radicales.

(AFP)

13 juillet 2012 à 08:10 (Mis à jour: 14:14)

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