La Chambre régionale des comptes a rendu public son rapport d'observations concernant le centre hospitalier d'Angoulême. Elle n'oublie pas ses difficultés financières.

Le rapport souligne que 53 % des séjours en hospitalisation complète sont réalisés par
des établissements concurrents de Girac. (photo céline levain)

«La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. » Alors, régulièrement la Chambre régionale des comptes se plonge dans les comptes et pratiques des administrations publiques. Dernièrement, c'était au tour du centre hospitalier de Girac d'être ausculté au peigne fin. Le rapport s'applique sur la période 2005 - 2012. L'hôpital, à travers son directeur technique, David Rivière, a apporté quelques précisions dans un document annexe.

1 Un hôpital en zone de « forte concurrence »

La Chambre régionale pointe une attractivité contrainte par les cliniques privées et des hôpitaux publics proches. « 53 % des séjours en hospitalisation complète sont réalisés par des établissements concurrents de cet hôpital », souligne le rapport. Un peu plus loin, il estime que la concurrence est « très défavorable au développement de l'activité, élément à prendre en compte dans l'appréciation du déficit budgétaire. »

Ce que réfute le centre hospitalier dans ses réponses. Il estime que les autres hôpitaux publics du territoire ne disposent pas des mêmes spécialités. Il reconnaît cependant que la position de Girac n'est pas dominante en matière de chirurgie « compte tenu de l'offre libérale existante, mais elle est particulièrement dominante voire exhaustive sur le plan des spécialités médicales ».

2 Le personnel a trop augmenté

Dans son rapport, la Chambre pointe une augmentation plus rapide de la masse salariale que de l'activité. Ce qui serait « un facteur de tensions budgétaires ».

La progression des effectifs équivalents temps plein en personnel non médical (+ 4,59 %) est plus importante que celle de l'activité mesurée en nombre global de séjours et actes de soins (+ 2,2 %). Il en est de même pour les praticiens permanents dont le nombre augmente de 3,9 %. « L'écart s'accentue si l'on compare l'évolution des effectifs avec les statistiques administratives du nombre d'entrées et de journées réalisées. Le plan de retour à l'équilibre prévoit une diminution de la masse salariale de 209 200 euros pour 2011 et 2012. »

Sur ce point, les calculs de la direction, qui pointe une méthodologie différente, divergent.

3 Un taux d'absentéisme élevé

Le taux d'absentéisme est de 12,6 % en moyenne entre 2006 et 2009, ce qui est supérieur à celui observé dans les autres hôpitaux (10 %). Le nombre de journées d'absence pour des accidents du travail a progressé de 79 % entre 2006 et 2010. Selon l'hôpital, les accidents n'ont pas été plus nombreux, mais les arrêts plus longs.

La Chambre « encourage l'hôpital dans l'analyse des causes d'absentéisme et l'invite à approfondir sa réflexion […] au besoin en s'inspirant des démarches d'autres structures hospitalières ».

3 67,3 millions d'euros d'investissements

Depuis 2005, Girac a mené un important programme d'investissements de près de 63,7 millions d'euros. Les trois principales opérations réalisées concernent l'extension et la restructuration de l'aile Est, la création d'une rue centrale entre les deux ailes et l'extension de l'aile Sud. Le montant des dépenses a augmenté de 57 % par rapport à leur coût prévisionnel. L'installation du centre de radiothérapie est à l'origine de la majorité des difficultés rencontrées.

4 « Ambitieux » plan de retour à l'équilibre

« L'hôpital enregistre un déficit d'exploitation depuis 2009 qui tient à la fois à des causes structurelles et à des éléments conjoncturels liés aux investissements, rappelle la Chambre. En cause, la concurrence et les moyens en personnel dont la progression n'est pas en relation avec les produits issus de son activité. »

En 2010, un Plan de retour à l'équilibre a été mis en place. La Chambre régionale le juge « ambitieux dans la maîtrise de ses charges comme dans l'hypothèse théorique de croissance des recettes d'activité ». En 2011, la résorption du déficit était en avance sur les prévisions. Estimé à 900 000 euros, il était de 398 000 euros. « Ce résultat, rendu possible grâce à la mobilisation de tous les acteurs de l'hôpital, traduit tant la maîtrise de l'évolution des dépenses que le dynamisme », estime la direction dans sa réponse.

5 Des emprunts pas encore toxiques

L'hôpital a conclu 24 prêts. Parmi eux, deux sont dits structurés et basés sur l'évolution de devises étrangères. « La Chambre estime que même en l'absence de risque avéré pour ces deux emprunts depuis leur souscription, il convient de recourir avec prudence à ce type d'emprunts qui offre un taux bonifié pendant une période en contrepartie d'un risque accru pendant la phase suivante du remboursement », conseille la Chambre qui renouvelle sa préconisation dans chacun de ses rapports.

Publié le 19/07/2012 à 06h00 - Par aude boilley

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