Le magasine Vitamine pourrait fermer ses portes. En un an, la surface commerciale du bio a triplé dans l'agglo, alors que le nombre de clients augmente peu.
En 2011, on est passé de 635 m2 de surface commerciale bio, à près de 1.800 m2.

Jusqu'à l'an dernier, le magasin de Martial Rose marchait très bien. Archive Romain Perrocheau

En novembre, il aurait eu six ans. Mais pas sûr qu'il souffle ses bougies. Le magasin Vitamine, route de Bordeaux à Angoulême, n'a plus la pêche. Au point que son patron, Martial Rose, ne voit que deux issues: le dépôt de bilan au pire, le rachat au mieux.

C'est l'année dernière que tout a basculé pour le magasin bio de la route de Bordeaux, un des plus anciens dans l'agglomération. «En 2011, on est passé de 635 m2 de surface commerciale bio, à près de 1.800 m2.» Mais dans le même temps, la clientèle, elle, ne s'est pas multipliée.

Si, pour l'instant, Martial Rose n'a pas arrêté de date pour déposer le bilan, il sait que l'issue est inéluctable. «A moins que je trouve un repreneur.» Et il tient tellement à la survie du magasin et au maintien des cinq salariés restants - il en a licencié un et un second est parti - qu'il est prêt à céder ses parts sociales dans l'entreprise pour un euro. Une affaire pour quelqu'un qui aurait un peu d'argent à réinjecter dans le magasin.

L'arrivée du Marché de Léopold en décembre dernier à Gond-Pontouvre a bouleversé l'équilibre d'un marché fragile. D'ailleurs, la directrice, Angélique Leveque, reconnaît avoir eu un peu peur, compte tenu de la concurrence déjà implantée. «Mais sur les premiers mois de l'année, on tire notre épingle du jeu.» Et les cinq salariés du magasin ont de quoi occuper leur temps plein. Avec 10.000 références, c'est sans conteste le plus gros des magasins bio de l'agglo.

«Quand il a ouvert, mon collègue de Biocoop à Soyaux a vu certains de ses clients partir», explique Martial Rose. Dans le même temps, les siens ont migré vers Soyaux. Pourtant, lui aussi avait l'enseigne Biocoop. «Je leur ai dit que ce n'était pas une bonne idée d'ouvrir un autre Biocoop à moins de huit kilomètres du mien.» La coopérative l'avait rassuré. Aujourd'hui, il constate qu'il avait raison.

L'époque est aux économies

Jean Neveu, le patron du Biocoop de Soyaux, ne veut pas croire à la saturation. «Aujourd'hui, j'ai 500 m2, mais dans cinq ans, il faudra 800, assure-t-il. Le chiffre d'affaires progresse de 10 % chaque mois.» Sa recette: «Je suis très présent dans le magasin et je défends les valeurs du bio paysan», qu'il oppose au bio industriel des grandes surfaces. «Et puis j'ai un bel emplacement. C'est 80 % de mon chiffre.»

L'emplacement de Vitamine, en revanche, est moins bon. Martial Rose le reconnaît. Parking trop petit, quartier peu agréable visuellement. «On est coincé entre la route de Bordeaux et la voie ferrée.» Il ne manque plus que les effluves de l'usine Rousselot pour parfaire le tableau.

Mais le bon emplacement d'un jour peut devenir un véritable cauchemar plus tard. Biomonde, également à Soyaux, en est l'exemple. 399 m2 de produits bio à 500 mètres du magasin Biocoop, la proximité nuit forcément à l'une des enseignes. «Je cherchais un emplacement depuis cinq ans, pour quitter l'avenue du Général-de-Gaulle, peste Nicole Chupin qui, jusqu'en 2011, était la seule enseigne bio à l'est de la ville. Quand j'ai trouvé ce lieu, je n'avais pas prévu qu'un concurrent s'installerait juste à côté. Cette multiplication est inconsidérée. Les grandes enseignes sont en train d'étouffer le marché.»

De plus, pour Martial Rose, «le contexte économique n'est pas favorable». L'époque est aux économies dans les foyers. Certains clients au budget très serré se rabattent sur les grandes surfaces classiques, dont les rayons bio progressent à vue d'oeil. «La réglementation européenne a assoupli les normes du bio», regrette le patron de Vitamine, qui s'est fait une raison.

14 Août 2012 | 04h00 Richard Tallet

CHARENTELIBRE.fr