Joseph et Odette Pommereul, un couple d'agriculteurs du Coglais, ont vécu les années
du « Grand Espoir » dans le monde rural des années 1960.

Dans les années 1960, l'usine Citroën de Rennes recrute des paysans-ouvriers donnant ainsi une bouffée d'oxygène à des petites fermes qui vivotent. L'agroalimentaire commence à s'industrialiser, malgré l'opposition d'un jeune syndicalisme agricole.

Cinquante ans après, au moment où PSA Peugeot Citroën et Doux vacillent, une exposition sur la révolution rurale de ces années-là rappelle combien la décentralisation de l'activité automobile et le lancement des firmes agroalimentaires ont incarné, à leurs façons, « Le Grand Espoir » dans la campagne bretonne. Celui des Trente Glorieuses. Le désastre de la guerre était en partie réparé. Il fallait produire et nourrir... Tout semblait possible.

« C'était le grand souffle, on regardait devant », témoignent Odette et Joseph Pommereul, de Saint-Brice-en-Coglès (Ille-et-Vilaine). Début 1960, le couple exploite la ferme (30 ha) d'un châtelain, au Rocher-Portail. Ils viennent de la JAC (Jeunesse agricole catholique), mouvement d'éducation populaire dont la devise ¯ Voir, juger, agir ¯ suscite des vocations de militants.

« On avait envie d'une vie meilleure et de tout faire pour. » Avec, aux champs, la motorisation et, dans la maison, le confort. « Il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu... » Ce mot d'un prêtre inspire Odette et Joseph. Emprunter n'est plus honteux. On va voir « Tonton Million » (Crédit Agricole). Odette troque le cotillon pour la salopette.

Le couple s'offre des voyages collectifs organisés dans le Coglais. Et même des jours de vacances dans la caravane de la Cuma « L'Avenir » (coopérative de mutualisation de matériel agricole).

Lutte contre l'injustice

Pas de révolution sans soubresauts. Joseph participe à l'action syndicale musclée : saccage nocturne d'une usine intégrée de découpe de poulets ; annulation d'une vente à la bougie dans une ferme du pays d'Antrain ; attaque d'une gendarmerie dans la Manche... « L'injustice économique n'est-elle pas la pire des violences ? », justifie Joseph Pommereul. Qui ne regrette rien...

Quid du « Grand Espoir » aujourd'hui ? « Le paysan va disparaître, tandis que la production agricole doit se maintenir », prédisent Joseph et Odette. Avec de nouvelles niches : « Les circuits courts, le bio. » Deux de leurs trois enfants ont repris la ferme du Rocher-Portail. Joseph et Odette sont des retraités actifs : coup de main aux enfants, participation à la vie associative etc. Et... l'écriture d'un livre, Les bâtisseurs du Coglais. Pour transmettre.

Éric CHOPIN.
mercredi 22 août 2012