Le passage de 15.300 euros à 19.125 euros du Livret A devaient permettre de construire 150.000 logements par an. Mais ce relèvement de plafond pourrait surtout financer les collectivités locales, plombées par le naufrage de Dexia.

HLM de Paris (c) AFP

Le relèvement du plafond du Livret A pour construire plus de logements sociaux est salué par le mouvement HLM et les associations de locataires, mais certains prédisent que la manne servira plus à financer les collectivités locales après le naufrage de la banque Dexia.

L'Union sociale pour l'habitat (USH, qui regroupe les organismes HLM) et la Confédération nationale des locataires (CNL), principale association de locataires, se sont félicitées jeudi 23 août de la décision annoncée la veille par le gouvernement.

Soulignant les "besoins croissants" de ressources pour lutter contre la pénurie de logements sociaux, l'USH a toutefois appelé à "suivre avec une attention toute particulière l'accroissement des encours qui résultera du calendrier annoncé des augmentations successives du plafond".

Le relèvement de 25% du plafond du livret A, qui sera porté mi-septembre de 15.300 à 19.125 euros, devrait être suivi d'un autre du même ordre "en fin d'année 2012", selon le ministre de l'Economie.

Le doublement effectif du plafond, promesse de campagne de François Hollande pour parvenir à construire 150.000 logements sociaux par an, sera "réalisé progressivement", a assuré Pierre Moscovici.

Tout en se réjouissant d'une "mesure encourageante pour la construction de logements sociaux", la CNL "interpelle sur les autres urgences de la crise actuelle du logement". Elle réclame notamment "le gel des loyers dans tous les secteurs locatifs" et "la construction de 250.000 logements véritablement sociaux par an".

"Demi-victoire"

"C'est une demi-victoire. Si on veut respecter la promesse de relancer la production de logements sociaux, c'est maintenant qu'il faut doubler le plafond", déclare de son côté à l'AFP, Michel Fréchet, président de la Confédération générale du logement (CGL).

Pour atteindre l'objectif, "il faut surtout des subventions de l'Etat car plus d'argent sur le Livret A permet seulement que la Caisse des Dépôts accorde plus de prêts", un argent qu'il faut rembourser avec les loyers des locataires, fait valoir un économiste du secteur, qui a requis l'anonymat.

Or les subventions de l'Etat à la construction neuve, les fameuses "aides à la pierre", vont seulement passer de 450 millions d'euros en 2012 à 500 millions en 2013, reconnait-on au ministère du Logement.

Pour le même économiste, "l'annonce du relèvement du plafond ressemble plus à un habillage: le véritable objectif est de financer en partie, avec les 10 milliards d'euros attendus dans un premier temps, les collectivités locales qui ne peuvent plus bénéficier des prêts de Dexia", l'ancienne banque des collectivités.

Pierre Moscovici a alimenté ce soupçon en affirmant que la réforme de l'épargne réglementée, sur laquelle un rapport est attendu d'ici mi-septembre, se ferait sans "aucun tabou" pour permettre de financer "des besoins exceptionnels et temporaires" comme "le secteur public local à la suite du désengagement de Dexia" ainsi que "les hôpitaux qui connaissent des difficultés".

"Un non-sens"

Pour l'ancien ministre du Logement Benoist Apparu, actuel député UMP de la Marne, "augmenter les ressources disponibles" pour les HLM "est un non-sens" car "les encours disponibles fin 2011 sur le livret A représentaient près de 160 milliards d'euros pour 120 milliards d'euros utilisés".

Reste a réaliser une autre promesse de François Hollande pour résoudre l'épineux problème du coût du foncier dans les principales régions (IDF, Paca) où les besoins se font le plus sentir: la mise à disposition gratuite de terrains publics.

Pour cela, le gouvernement a annoncé l'examen d'un projet de loi lors de la session extraordinaire du Parlement appelée à débuter vraisemblablement la dernière semaine de septembre.

(avec AFP)

Créé le 23-08-2012 à 17h24 - Mis à jour à 17h29