Trois millions de chômeurs «officiels» mais cinq millions de personnes inscrites à Pôle emploi: ces chiffres suffisent à convaincre de la profondeur du problème et de son explosivité sociale. Alors oui il y a urgence: combattre le chômage... c'est vraiment maintenant ! Michel Sapin répondait hier à cette urgence avec ses «emplois d'avenir».

Piochés dans la boîte à outils de Martine Aubry qui en avait fait un de ses arguments lors de la primaire, ces 150 000 emplois seront destinés en priorité aux 16-25 ans peu ou pas qualifiés habitant des quartiers défavorisés ou des zones rurales très éloignées. Subventionnés à 75% par l'État, ces emplois concerneront des «activités d'avenir ou d'utilité sociale avérée»: filières vertes, aide aux personnes, tourisme, numérique.

Coût annuel: 1,5 milliard d'euros. Objectif: casser la spirale de l'échec dans laquelle est aspirée une trop grande partie de la jeunesse. Utopie socialiste? Retour aux «emplois jeunes» des années Jospin? «Emplâtre sur une jambe de bois» comme le dénonçait hier Alain Juppé? On peut certes émettre des doutes sur cette gestion étatique du marché du travail.

En contester la pertinence dans une économie mondialisée et concurrentielle. Faire observer les limites d'une nouvelle forme de «discrimination positive» où l'origine géographique et l'absence de formation seraient finalement un «plus» par rapport à d'autres candidats qui eux, bien qu'étant diplômés et qualifiés, pointeraient tout pareil au chômage. Sauf qu'on ne peut rester les bras croisés à regarder toute une partie de la jeunesse s'abîmer, dans tous les sens du terme. Sauf qu'il faut sans doute sortir du schéma dans lequel on a trop habitué des employeurs à «faire leur marché» dans des contingents de jeunes formatés, parfaitement «employables», corvéables et... en nombre.

Sauf qu'il faut cesser d'ignorer l'échec d'un système scolaire qui, sans beaucoup d'états d'âme, laisse sortir chaque années... 150 000 jeunes sans formation. Sauf que les «emplois jeunes» de Lionel Jospin, tellement raillés, auront quand même permis à trois quart de ceux qui les avaient occupés pendant les deux ans de trouver un emploi à la fin de leur contrat, ce qui est loin d'être négligeable. Ces «emplois d'avenir» ne sont peut-être pas l'Avenir avec un grand A pour la jeunesse française. Mais reconnaissons au moins à ce gouvernement le mérite de ne pas baisser les bras face aux réalités.

Qui pourrait lui reprocher de tendre la main à cette partie de la jeunesse la plus fragilisée, non pas pour simplement l'assister mais pour lui donner une chance en lui mettant le pied à l'étrier? Ces emplois sont évidemment loin d'être la panacée. Pour autant, il serait injuste de sous-estimer l'effet d'entraînement qu'ils peuvent avoir. Qui a dit que la confiance était le premier moteur de la croissance? Non, ce n'était pas vraiment un socialiste.

30 Août 2012 | 04h00 - Mis à jour | 07h08 - Edito, Jacques Guyon

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