Il avait poussé la porte du journal au début des années soixante-dix, timidement. Il vient de passer le seuil dans l'autre sens, discrètement. Jacques Guyon, qui signe ci-contre son dernier édito, n'aura pas seulement été une plume, «la» plume de référence de Charente Libre.

Sa liberté de ton, son regard acéré sur les gens et sur le monde, sa culture et son ironie mêlées ont largement contribué à façonner l'esprit de Charente Libre tel qu'il demeure aujourd'hui: volontiers frondeur, pointilleux sur son indépendance. Il aura écrit sur cinq présidents de la République et quatorze Premiers ministres. Il a gratifié la geste quotidienne du pouvoir, de droite et de gauche, de milliers de lignes caustiques et avisées.

Il n'avait pas le souci de faire le «buzz», ce terme contemporain par lequel l'information raisonne comme un tambour et qu'il exècre. Il avait juste la noble ambition d'éclairer le lecteur. Il le fit avec un talent reconnu bien au-delà du cercle charentais. Il le fit aussi avec un art maîtrisé de la provocation. Il savait faire grimper aux rideaux une partie du lectorat.

Sur ce terrain-là, il eut ses «chouchous»: Nicolas Sarkozy, les chauffeurs routiers et le corps enseignant. C'est à la manière de doser le sel qu'on reconnaît les bons cuisiniers. Il aura été un très grand.

I. D.

CHARENTELIBRE.fr