Le réseau charentais, pionnier en France, cité en exemple, ne prend plus de malades depuis le 1er août, faute de budget. Une dizaine de patients sont en attente

(1/2) Préparation, à domicile, d'un cathéter péri-nerveux rempli d'un analgésique. Le procédé
agit directement au niveau d'un nerf sur la transmission de la douleur jusqu'au cerveau.

Vous voulez l'histoire d'un beau gâchis ? La voilà : le réseau charentais SOS douleur domicile, qui permet au service de santé d'économiser des milliers de jours d'hospitalisation en luttant contre la douleur avec maintien à domicile, qui est pionnier en France, qui a fait école dans 40 villes, a dû stopper au 1er août la prise en charge de patients en souffrance.

Motif : plus assez d'argent. Et ce, alors que son combat depuis près de dix ans semble sur le point d'être gagné : l'intégration, dans la liste officielle des actes qu'a le droit de réaliser une infirmière libérale à la maison, de la prise en charge d'un cathéter péri-nerveux. Ce procédé, où l'on injecte un analgésique au niveau d'un nerf, très efficace, est utilisé tous les jours à l'hôpital pour certains types de douleurs. Mais pas à domicile, et ne peut donc être remboursé. Le réseau charentais, pionnier, vivait en régime dérogatoire.

Au 31 juillet, déjà en déficit

« De source sûre, nous savons que la révision de la nomenclature est prête, le texte est en cours de relecture », lâche, dépité et révolté, Éric Bures, président du réseau SOS douleur domicile 16, anesthésiste. Mais l'association n'a pas les moyens d'attendre la sortie (mais quand ! ?) de ce texte. « Au moment où on a reçu la notification de notre budget, au 31 juillet, nous étions déjà en déficit », pointe le trésorier, Stéfane Fauran, infirmier libéral.

Jusqu'à présent, SOS douleur domicile 16 utilisait une grosse partie (70 %) du budget qui lui était alloué par l'Agence régionale de santé (ARS) pour l'existence du réseau (formation, système d'alerte 24/24 h etc.) afin de payer les soins, alors que la somme n'était pas prévue pour ça. Réduit depuis deux ans, ce budget « réseau » ne suffit plus pour assurer les deux. L'an dernier, SOS douleur domicile 16 a vidé sa trésorerie et supprimé la formation d'infirmières. Cette année, il n'y a plus de matelas où puiser. D'où la décision de ne plus accepter de nouveaux patients. Entre 10 et 15 sont sur liste d'attente.

Amputé et sur liste d'attente

C'est le cas d'Yves Riffaud, 75 ans, qui a été amputé d'une jambe au mois d'août et qui avait déjà, dans le passé, bénéficié de la prise en charge de la douleur à domicile. Il avait fait une demande pour l'après-opération. Quand sa femme a appris que la réponse était « non », elle est partie dans une colère à la mesure de l'ampleur de la douleur à combattre.

Que lui reste-t-il comme alternative ? Soit une hospitalisation, pour bénéficier du fameux cathéter péri-nerveux. Soit, à la maison, la morphine, avec de nombreux effets secondaires dont la dépendance n'est pas la moindre.

Depuis sa naissance, en 2004, le réseau SOS douleur domicile a fait « économiser » pour la seule Charente 33 000 jours d'hospitalisation (sont prises en charge l'artérite, l'algodystrophie, les douleurs cancéreuses, post-opératoires, les pansements douloureux des extrémités). C'est tout bénéfice pour le pat ient et autant d'économies pour le système de santé. De nos jours, ce dernier argument, au moins, devrait porter !

Deux bouées de sauvetage peuvent encore être lancées à SOS douleur : la nomenclature amendée tout de suite (un avenant signé par la ministre), ce qui permettrait le remboursement des actes par la Sécu, ou une rallonge donnée par l'ARS suite à une décision politique. « Je pense que maintenant, la main est aux politiques », a lancé hier le docteur Bures. Il s'apprêtait à rencontrer la députée Martine Pinville. Avec un objectif : alerter la ministre de la santé, Marisol Touraine

Publié le 08/09/2012 à 06h00 - Par Natacha thuillier

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