Samedi, à chaud, devant des jeunes militants de l'UMP, François Fillon, n'avait voulu voir dans la désertion de Bernard Arnault, le richissime patron du groupe LVMH, que la conséquence de la politique fiscale de François Hollande. «Quand on prend des décisions stupides, on arrive à ces résultats effrayants», avait-il commenté.

On devine bien la frayeur de Bernard Arnault et donc son aspiration à trouver en Belgique la paix fiscale que la France lui refuserait ! Hier matin, cette fois au micro d'Europe 1, l'ancien Premier ministre a repris son plaidoyer. «Ça me choque profondément qu'un grand patron français soit contraint à des attitudes comme celles-là, ce qui me choque encore plus, c'est le déchaînement d'insultes et de violences». Il faisait allusion à la Une de Libération qui titrait «Casse-toi riche con !».

Le parti pris pavlovien d'une partie de la droite pour un grand patron, et a fortiori celui d'un ancien Premier ministre, est tout aussi choquant. D'abord en ce qu'il cautionne le cynisme d'un puissant qui cherche à se soustraire à des obligations citoyennes fixées par un gouvernement légitime. Ensuite, parce que la réussite exemplaire du groupe LVMH, vantée par tous les ténors de droite, mérite quelques bémols.

Bernard Arnault n'a pas construit une success-story à partir d'un produit ou d'une invention. Bernard Arnault est un joueur d'économie de casino. Les patrons de Louis-Vuitton et Moët-Hennessy en ont fait les frais voici vingt ans. Les dirigeants du groupe de luxe Hermès, dont il a arraché 22% du capital aux héritiers, le savent aussi. Ils sont en guerre juridique avec lui.

Il n'est pas certain que cet emballement d'un homme qui aspire à prendre la présidence de l'UMP enthousiasme les militants de base, pas davantage que les patrons de PME qui vivent à des années lumières d'un Bernard Arnault. En cette période de crise et de mutation de l'économie, la parole d'un prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, balaie ce piètre débat.

Il estime en effet qu'en Europe les riches paient, proportionnellement s'entend, moins d'impôts que les autres catégories sociales grâce aux niches et à l'évasion fiscale. «Cela sape le sens de la communauté et affaiblit la démocratie», dit-il. Comment un François Fillon pourrait-il penser autrement? Il y a pourtant un précédent fâcheux.

Un certain Bernard Tapie a bénéficié sous l'ère Sarkozy-Fillon d'un arbitrage très avantageux dans l'affaire Adidas-Crédit Lyonnais. Il a perçu 400 millions d'euros dont 300 d'argent public. Il est en train de s'acheter une villa à 47 millions d'euros à Saint-Tropez révélait hier le site Médiapart. Quand on aime...

Edito - 11 Septembre 2012 | 04h00  Mis à jour | 07h04 - Yvan Drapeau

CHARENTELIBRE.fr