CL a fait le test. Impossible de se faire livrer une pizza lorsqu'on habite au Champ-de-Manoeuvre, à la Grande-Garenne ou à Ma Campagne. Arnaqués ou violentés, les livreurs se justifient.

Les plus grosses enseignes de livraison de pizzas à Angoulême ne mettent plus les roues
dans certaines rues, même en pleine journée.Photo Renaud Joubert

Vous habitez le Champ-de-Manoeuvre ? Vous sentez monter une irrésistible envie de quatre fromages ou de calzone ? Un conseil : prenez votre voiture et allez vous la chercher vous-même !

Les livreurs de pizzas renoncent désormais à mettre les roues de leurs scooters dans les quartiers. Tant pis pour le marché que représentent le Champ-de-Manoeuvre -5.000 habitants-, Ma Campagne et la Grande-Garenne. Tant pis aussi pour les amateurs de pizza.

«Il y a une semaine, j'ai appelé la Boîte à pizza dont je suis un client régulier, raconte François qui ne passe pas une semaine sans déguster la Méridionale ou la Bretonne, spécialités du restaurant installé à La Madeleine. Ce soir-là, je n'étais pas chez moi, mais chez des amis, à Ma Campagne. On m'a demandé de venir la chercher car le quartier n'était pas desservi».

Domino's pizza, la Boîte à pizza ou Pizza Sprint : tous suivent la même politique. Avec une nuance pour Speed Burger qui accepte de pousser jusqu'à la Grande-Garenne.

Une démarche totalement assumée. Certaines enseignes le signalent d'ailleurs sur leur site internet : si vous tapez une adresse qui se trouve dans l'un de ces quartiers, la zone est déclarée «non desservie». «On a déjà eu plusieurs fois le cas dans ces quartiers : en arrivant à l'adresse donnée par le client, vous tombez sur cinq ou six gars qui refusent de payer et vous volent votre argent liquide», raconte Ludovic, de Domino's pizza qui a donc pris la décision de ne plus faire prendre de risques à ses livreurs.

«On a eu des soucis alors on s'est adapté, explique-t-on à la Boîte à pizza. Par exemple, on livre rue de Basseau, ainsi que les rues conduisant aux Agriers. Mais pas de l'autre côté, vers la Grande-Garenne.»

Il ne s'agit pas forcément de violences. D'ailleurs Cédric Esson, le commissaire de police d'Angoulême, confirme «ne pas avoir souvenir» d'agression de livreurs.

Peut-être parce que ces derniers ont fait le choix de ne plus prendre le moindre risque.

«Quand on ne le sent pas, on fait demi-tour. On appelle immédiatement le restaurant qui se charge de prévenir le client que la commande ne sera pas honorée», explique Nicolas, l'un des huit livreurs de Speed Burger, qui acceptent de raconter librement leurs mésaventures. Le jeune homme, pourtant solidement taillé, n'a pas fait le malin lorsqu'il a «reçu des pierres» alors qu'il était en pleine livraison à Ma Campagne.

«C'est plutôt des trucs de gamins. ça ne nous est pas non arrivé régulièrement ce genre de mésaventures mais suffisamment pour ne plus nous donner envie d'y retourner», poursuit-il.

«Mais bon, on a un scooter, un peu d'argent dans les poches : on n'a pas envie de se les faire piquer, relaie son compère Clément. Moi je me souviens avoir croisé un gars armé d'une barre de fer qui me barrait la route. Je n'ai même pas cherché à comprendre et fait demi-tour immédiatement. On ne va pas se promener avec un Taser quand même


24 Septembre 2012 | 04h00 - Mis à jour | 09h12 - Julien Prigent

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