Dix maisons passives HLM accueilleront leurs premiers locataires en mars prochain. Un programme de logements sociaux inédit en Poitou-Charentes. Visite guidée.

Pour dégager assez de chaleur afin de chauffer ce logement, vous n'avez besoin que de trois bougies... ou de faire l'amour deux fois dans la soirée !» Fier de son bon mot, Dusan Novakov se gondole. Mais la blague de l'ingénieur du bureau d'études Via Positive repose sur un fond de vérité.

Les dix maisons passives en cours de construction au Hameau des Rossignols s'annoncent comme les mieux isolées et les moins énergivores d'Angoulême.

Ces maisons, ainsi que 44 logements basse consommation qui poussent dans ce quartier situé entre Ma Campagne et Le Petit-Fresquet, sont des HLM nouvelle génération.

A l'initiative du projet, Logélia et l'OPH de l'Angoumois donneront leurs clés aux premiers locataires au mois de mars.

Du logement social ultra-écolo ? Ce serait une première en Poitou-Charentes à en croire son promoteur, Paul Rougier, de la société angoumoisine Green Home.

Le principe: des ouvertures orientées plein sud, un mixte bois-béton pour les murs, des matériaux ultra-isolants, des fenêtres triple vitrage serties de trois joints pour ne pas laisser passer un seul souffle d'air et un toit-terrasse végétalisé pour renforcer l'isolation.

Le but: utiliser un minimum d'énergie pour chauffer ces maisons au bardage bois et métal. «Il faudra compter 200 € par an, abonnement compris, pour se chauffer et l'eau chaude», calcule Jérôme Grimal, de GRDF.

Ici, on se chauffe au gaz. Une chaudière à condensation ultra-économique couplée à 5 m2 de panneaux solaires disposés en façade devraient garantir un confort maximal.

200 € par an pour le chauffage et l'eau chaude !

«Il s'agit d'un habitat très sain, insiste Paul Rougier. Il ne s'agit pas d'un éco-quartier, car pour répondre à ces critères, il faudrait une école, des commerces... Mais on a voulu tendre vers là.»

Des parkings à chaque extrémité du hameau plutôt que devant les maisons «pour limiter l'impact de la voiture et le goudron». Des espaces verts communs. Une collecte des eaux pluies «conçue pour limiter les réseaux».

«Ces logements, c'est un rêve qui devient réalité pour un président d'office HLM», s'extasie Abel Migné, qui envisage de fixer des loyers à 400 € mensuels pour les T3 et 500 € pour les T4. «Mais rien n'est encore définitivement fixé.»

Attention, on est encore loin de l'idéal. «En Suisse, notre bureau d'études a travaillé sur 74.000 logements passifs. La France s'y met à peine...», reconnaît Dusan Novakov.

Peut-être parce que cela coûte plus cher. Ici, il faut compter 1.500 € du mètre carré, tout compris. «C'est 15.000 € à 20.000 € plus cher qu'une maison classique»,souligne Paul Rougier, qui prévient: «mais ce n'est pas de la maison au rabais». «Ici, les peintures sont finies, les placards posés et le gazon pousse.»

Logélia a bénéficié de subventions (1) pour ce projet qui lui coûte au total 3,34 millions d'euros. L'OPH débourse une somme à peu près similaire.

«Certes, c'est un peu plus cher qu'un logement classique, admet Olivier Pucek, directeur de Logélia. Mais il faut voir plus loin: nos locataires ont souvent de grandes difficultés à payer leurs factures pour se chauffer. Ce type de logement résout le problème de la précarité énergétique.»

Et pour ceux qui veulent faire (encore plus) d'économies, il suffit d'investir dans des bougies. Ou de s'offrir d'interminables nuits roses.

(1) 125.000 € de l'Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine), 45.000 € du Département, 104.000 € de GrandAngoulême, 250.000 € de fonds propres de Logélia. Le reste du programme est auto-financé par les loyers.

CHARENTELIBRE.fr