Décryptage

Les agriculteurs bloquent les hypers

Nouvelle poussée de fièvre entre agriculteurs et grande distribution. Pour la deuxième fois en une semaine, la FRSEA des Pays de la Loire mobilise ses troupes pour bloquer des hypers. Le syndicat agricole brandit l'accord signé le 3 mai 2011, sous l'égide des pouvoirs publics. Ce texte prévoit la réouverture des négociations tarifaires entre les centrales d'achat et les industriels agroalimentaires en cas de fortes fluctuations des coûts de production.

Flambée des céréales

La mauvaise récolte mondiale de grains entraîne la filière alimentaire, dans une valse à trois temps. Premier temps : céréales, maïs et soja, ingrédients de base des aliments pour le bétail, flambent. Deuxième temps : la facture payée par les éleveurs pour nourrir leurs troupeaux s'alourdit au point de menacer l'équilibre économique des exploitations. Troisième temps : les éleveurs cherchent à répercuter la hausse de leurs charges à l'industriel du lait ou de la viande qui achète et transforme leur production. Cela n'est possible que si la grande distribution consent à acheter plus cher. La valse s'enraye et se transforme en bras de fer.

On manque de cochons !

À ma droite, les industriels se battent pour des augmentations de l'ordre de 15 % en porc et volaille. Question de survie, assurent-ils. « On discute sur des niveaux de hausse inédits », commente Christophe Couroussé, de la coopérative Terrena. Un autre facteur joue. Les abattoirs manquent de porcs et de bovins. Les prix au ras des pâquerettes de ces dernières années ont fini par décourager de nombreux éleveurs. « La production porcine française va chuter de 6 % en 2013. Du jamais vu ! La chasse aux cochons est ouverte. Les cours sont durablement orientés à la hausse. La grande distribution ne retrouvera pas les prix de fourniture de ces quinze dernières années », analyse Gérard Viel, de la Cooperl, numéro un du cochon en France.

Bataille sur les prixco

À ma gauche, la grande distribution, peu disposée à enclencher le quatrième temps de la valse : celle des étiquettes. « La consommation stagne. La bataille du prix n'a jamais été aussi intense entre enseignes », indique Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution. « Le consommateur ne peut supporter à lui seul le poids de la hausse. Nous plaidons depuis longtemps pour une contractualisation entre céréaliers, fabricants d'aliments et éleveurs pour lutter contre la volatilité des prix », argumente Fabienne Prouvost, de la Fédération du commerce et de la distribution.

Dernier pas de danse : selon les agriculteurs, la hausse de prix dans les rayons peut être atténuée si la grande distribution accepte de rogner ses marges

samedi 06 octobre 2012 - Xavier BONNARDEL