10 000 voyageurs empruntent chaque jour les TER du Poitou-Charentes C'est 17,2% de plus qu'en 2011. La Région explique la hausse par sa politique. Mais il reste des laissés-pour-compte.

Aux heures de pointe, les TER (ici en gare d'Angoulême) sont bondés. Ils sont de plus en plus utilisés pour des
trajets domicile-travail. Photo Majid Bouzzit

Dix mille voyageurs par jour sur les lignes TER (train express régional) du Poitou-Charentes; 17,2 % de plus que l'année dernière à l'issue du premier semestre: une augmentation record, sans égale dans l'Hexagone. Un beau score qui chasse encore plus loin les mauvais résultats d'il y a deux ans (-2,6%). Quand la SNCF veut vous faire préférer le train et surtout que les collectivités jouent le jeu en déliant leur bourse, voilà ce que ça peut donner.

«Ce sont à l'évidence les efforts menés par la Région et les différents acteurs du rail qui expliquent ces bons résultats», assure Jacky Emon, le «Monsieur trains» du conseil régional. En fin d'année dernière, les élus régionaux ont impulsé la création de dix allers-retours supplémentaires: cinq entre La Rochelle et Bordeaux, quatre entre Angoulême et Poitiers et un entre Royan et Angoulême.

«Nous avons tenu compte de la demande des usagers et nous ne nous y sommes pas trompés», pense le conseiller régional. Confirmation significative: la ligne qui relie la capitale régionale à celle de la Charente a presque multiplié par deux sa fréquentation. Si l'on fait le total des trois liaisons, c'est +37%. Des statistiques fournies par la SNCF, mais que l'on n'a pas pu mettre en rapport avec les données brutes qu'elle ne souhaite pas communiquer. La Région, elle, a investi 3 millions d'euros rien que pour faire circuler ces trains supplémentaires.

Le «Pass mobilité» marche fort

«Mais ça n'est pas tout, poursuit Jacky Emon. Nous avons aussi lancé une campagne tarifaire très avantageuse en direction des usagers qui empruntent le train pour aller au travail.» Ce fameux «Pass mobilité» met à contribution les employeurs et les finances régionales pour permettre à 837 personnes d'effectuer tous les jours des trajets domicile-travail à 2 euros l'aller-retour. En un peu plus d'un an d'existence, le dispositif enregistre presque deux fois plus d'adeptes. «À 80 euros par mois, c'est carrément intéressant», applaudit Jean-Christophe, prof au Lycée de l'image et du son d'Angoulême. «Avant, je prenais le TGV, poursuit le Poitevin. C'était 40 minutes de trajet au lieu de 1h05, certes, mais la différence de prix est vraiment importante et puis franchement, le confort est équivalent. Il y a aussi dans le TER une notion de convivialité que l'on ne retrouve pas dans le TGV.»

Motivés par l'offre supplémentaire et ces arguments, les abonnements classiques ont aussi suivi une croissance. «Nous avons maintenant presque 3 000 abonnés, soit 24% de plus qu'en 2011», se réjouit Jacky Emon.

Le nombre de cartes jeunes offrant 50% de réduction se stabilise quant à lui autour de 10 000.

L'embellie qui donne le sourire aux élus, notamment aux écolos, ravive les envies d'aller encore plus loin. La Couronne et Nersac ont plus que jamais leur projet de (ré)aménager des arrêts, mais les études sont loin d'être abouties, voire pas encore commencées. Et la concrétisation a des chances de se heurter sinon à des intérêts contraires, du moins à un problème de financement. À plus fortes raisons quand d'autres territoires s'estiment en dehors des rails depuis des années.

Angoulême-Saintes: sortir du tunnel

On espère pour bientôt une avancée sur la deuxième phase de travaux de modernisation de la ligne Angoulême-Saintes. D'ici à la fin du mois, Réseau ferré de France (RFF), les conseils généraux des deux Charentes, la Région, l'État et l'agglomération d'Angoulême prévoient de se réunir autour de la table pour «apporter une solution de financement, parce qu'on ne va plus y passer notre vie», indique le conseiller régional Jacky Emon.

Le dossier est au point mort depuis janvier dernier. Depuis que RFF a signifié un désengagement financier manifeste (3,6 millions d'euros au lieu des 9,6 millions promis) et qu'il manque encore 5,7 millions pour boucler l'enveloppe de 38 millions.

Ce printemps, les collectivités locales concernées ont toutes voté une motion. La députée Marie-Line Reynaud, les maires de Cognac et Saintes ainsi que d'autres élus sont allés défendre l'intérêt de la ligne fin septembre au ministère des Transports. Les arguments ont été entendus, mais la délégation est revenue sans aucune garantie.

10 Octobre 2012 | 04h00 - Mis à jour | 07h45 - Benoit Caurette

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