couverture Le gouvernement fait semblant de s'accrocher à l'objectif de 3 % de déficit en 2013 tout en sachant que celui-ci sera en fait de 4 %. Mais ce calcul hypocrite est dangereux car il affaiblit beaucoup plus l'économie que si on visait directement un déficit à 4 % aujourd'hui.

Le gouvernement a présenté son projet de budget pour 2013. Il vise à ramener le déficit public sous la barre des 3 % du PIB l’an prochain en se fondant sur une hypothèse de croissance de 0,8 % du produit intérieur brut (PIB). Chacun sait, et de nombreux soutiens de la majorité actuelle le concèdent sans difficulté en « off », que cet objectif ne sera pas tenu. Les importantes mesures d’austérité prises vont réduire l’activité économique qui a, du coup, très peu de chances de s’accroître vraiment de 0,8 % en 2013. Mais pour rassurer son interlocuteur, le dignitaire socialiste ajoute en général que, dans ce cas, on ne rajoutera pas en cours d’année une couche d’austérité supplémentaire pour tenir l’objectif de 3 % au moment où on se rendra compte que les recettes budgétaires sont inférieures à ce qui était prévu du fait de la chute de l’activité. Moralité, le gouvernement se prépare en fait à un déficit public de l’ordre de 4 % du PIB l’an prochain avec (au mieux) 0 % de croissance…

Contrairement aux apparences, ce calcul n’est pas raisonnable mais parfaitement stupide et extrêmement dangereux. Si on assumait de dire ouvertement aujourd’hui, et de faire accepter par nos partenaires européens, que, compte tenu de la conjoncture, on ne vise plus 3 % de déficit budgétaire l’an prochain mais 4 %, on aurait une petite chance de tenir aussi l’objectif de 0,8 % de croissance du PIB. Les mesures prises seraient en effet sensiblement moins restrictives dans l’immédiat. On se retrouverait donc en réalité au même point fin 2013 en termes de déficit budgétaire qu’avec les projets gouvernementaux actuels. Avec une différence essentielle cependant : 0,8 % d’activité économique en plus. Cela signifie – au bas mot – 250 000 chômeurs de moins qu’avec les projets du gouvernement. Avec toutes les conséquences sociales et politiques qu’on peut imaginer alors que le pays compte déjà plus de 3 millions de chômeurs et 5 millions d’inscrits à Pôle emploi. La France serait également plus crédible vis-à-vis de ses partenaires européens qu’avec les projets du gouvernement puisqu’avec le budget prévu, elle n’aura pas respecté sa parole et fait le nécessaire pour atteindre les objectifs convenus avec eux. Pour ne rien arranger, avec le budget prévu, le pays serait enfin fragilisé vis-à-vis des acteurs des marchés financiers, inquiets de voir la France incapable de réduire son endettement tout en s’enfonçant toujours plus dans le marasme économique. Avec à la clef, très probablement, l’enclenchement d’une dynamique de hausse des taux d’intérêt à l’italienne…

Bref, établir un budget en faisant semblant de viser 3 % tout en sachant qu’on fera 4 % en réalité ou établir un budget en visant 4 % dès le départ, ce n’est du tout la même chose ni vis-à-vis des salariés français qui redoutent le chômage, ni vis-à-vis de nos interlocuteurs européens, ni même vis-à-vis des acteurs financiers. C’est la raison pour laquelle il nous paraît essentiel d’arrêter de faire la politique de l’autruche et d’assumer ouvertement dès aujourd’hui de renoncer à l’objectif de ramener dès 2013 les déficits sous la barre des 3 % du PIB. C’est pourquoi nous avons lancé l’appel « Les 3 %, c’est pas maintenant » que nous vous invitons à soutenir et à relayer largement.


Guillaume Duval - Article Web - 27 septembre 2012