La compagnie irlandaise à bas coût Ryanair a pendant plusieurs années demandé à ses pilotes de limiter leur emport carburant par souci d’économies. Elle est revenue sur cette injonction après plusieurs incidents, comme semble l’indiquer une note en notre possession.

Michael O’Leary, le patron de la compagnie aérienne à bas coût (low cost) Ryanair, est plutôt du genre à jouer la provocation et à fanfaronner. C’est à lui que l’on doit les propositions aussi farfelues que de rendre les toilettes payantes dans les avions, de faire voyager les passagers debout ou encore de confier les commandes à un seul pilote. Des idées lancées surtout pour faire le « buzz » autour de son entreprise.

En coulisses, le bouillonnant Irlandais sait pourtant baisser d’un ton, comme en témoigne la lettre datée du 18 septembre dernier qu’il a adressée à tous les pilotes de Ryanair et dont nous avons eu copie (voir ci-dessous). « Si vous estimez que vous avez besoin de carburant supplémentaire (lors de la préparation du vol, ndlr), écrit Michael O’Leary, cela continue d’être laissé à votre seule appréciation ». Sous-entendu : le commandant de bord n’a pas à se justifier.

Réservoirs à sec 

Mais ce courrier ne doit rien au hasard. Le 26 juillet 2012, au-dessus de l’Espagne, trois avions Ryanair demandent à se poser le plus vite possible sur l’aéroport de Valence alors qu’ils devaient rejoindre Madrid. Contraints de changer de route à cause du mauvais temps, ils n’avaient plus assez de carburant pour rallier leur destination finale. De l’autre côté des Pyrénées, l’affaire, fâcheuse pour la sécurité aérienne, a fait la « une » des médias, ces derniers citant au passage les autorités de l’aviation civile espagnole qui indiquaient avoir comptabilisé 1 201 incidents impliquant le transporteur irlandais sur les six premiers mois de 2012. Dans sa lettre adressée aux pilotes, Michael O’Leary dément formellement cette information tout en saluant « le professionnalisme » des équipages qui ont eu à gérer ces problèmes de carburant.

On comprend cependant son embarras. À force de jouer avec le feu, Ryanair a bien failli se brûler. Une note de quatre pages du 19 décembre 2011 signée de la direction opérationnelle, également en notre possession, enjoignait fermement au personnel navigant de calculer au plus juste la quantité de carburant nécessaire au vol. L’objectif ? Ne pas alourdir l’avion, ce qui augmente la consommation et, par conséquent, le coût du trajet. Certes, le commandant peut compléter cette quantité par un emport de 300 kg maximum (soit une dizaine de minutes de vol). Au-delà, il est tenu de faire une déclaration écrite expliquant les raisons qui l’ont poussé à prendre une telle mesure. Ce qui est pour le moins contraignant voire dissuasif !

Ces injonctions avaient déjà été décrites dès 2008, dans une note du 15 mai, celle de 2011 faisant office de piqûre de rappel. Chez Ryanair, cette politique d’économies à tout prix – ce qui est… l’essence même des compagnies low cost ! – ne datait donc pas d’hier. N’a-t-elle pas fini par imprégner les équipages, y compris les plus résistants aux ordres « limites » ? Difficile à établir. Et si les événements ont depuis contraint Michael O’Leary à rectifier le tir (pour se couvrir au cas où un drame surviendrait ?), rien ne dit que, sur le terrain, l’incitation à « voler léger » se soit véritablement estompée.

 

La lettre de Michael O’Leary à ses pilotes

Lettre Ryanair

Arnaud de Blauwe

QUECHOISIR.org