(Dessin Luis Granena pour Libération)
Par LIBÉRATION.FR

François Fillon annonce qu’il «saisira la justice» pour «rétablir la vérité des résultats». «Jean-François Copé porte seul désormais la responsabilité d’un échec qui touche notre parti et compromet, au-delà, l’image de l’action politique, écrit l’ex-Premier ministre dans un communiqué. Soucieux de sortir de l’impasse dans laquelle les coups de force successifs de Jean-François Copé ont plongé notre parti, je saisirai la justice pour rétablir la vérité des résultats et rendre la parole aux militants», ajoute-t-il.

Jean-François Copé, lui, a déclaré attendre que la commission des recours de l’UMP proclame le nom du vainqueur de l'élection controversée pour la présidence du mouvement, et qu’ensuite «seulement viendrait le temps de la médiation politique».

Après l’annonce de l'échec de la mission conduite par Alain Juppé, le député-maire de Meaux et adversaire de François Fillon a expliqué : «En clair, ma position, c’est que le processus juridique ne doit pas être interrompu, la commission des recours travaille», et «ensuite on passera à une nouvelle phase».

Juppé jette l'éponge

Selon Alain Juppé, les «conditions de sa médiation ne sont pas réunies», «sa mission est achevée». Alain Juppé était arrivé à l’Assemblée nationale pour la rencontre avec Fillon et Copé. Les deux protagonistes n'ont pas trouvé de terrain d'entente, la réunion s'est terminée au bout de quarante minutes à peine - elle devait durer une heure.

Jean-François Copé a réagi à cet échec au micro de France Info: «L'échange a été extrêmement cordial, extrêmement sympathique. Nous appartenons à la même famille politique, même si nous avons un différend, le climat était cordial.» Le président de l'UMP a ajouté : «Sur le fond, j'ai beaucoup réfléchi ce week-end», «Je suis mû par l'esprit de responsabilité». «J'ai le souci que les choses se fassent».

Parmi les réactions sur Twitter, on peut noter celles du député Lionel Tardy, pro-Fillon et de l'ancien ministre Benoist Apparu, proche de Juppé.

A relire : L’impossible médiation d’Alain Juppé

La commission nationale des recours de l’UMP, instance interne chargée des litiges électoraux et réunie depuis ce dimanche matin à 9h45, avait «suspendu» ses travaux jusqu'à 20 heures. Réunie pour examiner les litiges sur l'élection à la présidence du parti, avait poursuivi ses travaux après le départ des observateurs fillonistes. Eric Ciotti, pro-Fillon, avait en effet claqué la porte de la commission, la jugeant illégitime, et cette décision a été aussitôt qualifiée de «désertion» par Me Francis Szpiner, pro-Copé, confiant lui, dans l’issue des travaux de cette commission. «Après avoir posé plusieurs questions au président (Yanick) Paternotte, après avoir constaté l’absence d’Alain Juppé ou de ses représentants, après avoir constaté que les membres de la commission qui avaient préalablement soutenu un candidat pendant le processus électoral continuaient à siéger (...) nous avons décidé de nous retirer, Eric Berdoati et moi, et d’attendre la démarche de médiation qu’a engagée Alain Juppé», avait déclaré M. Ciotti en quittant le siège de l’UMP.

Sarkozy derrière Juppé

Nicolas Sarkozy est «favorable à toute initiative qui peut permettre de régler la situation» à l’UMP, a indiqué dimanche à l’AFP l’entourage de l’ancien président. «Nicolas Sarkozy et Alain Juppé sont en contact téléphonique»,a-t-on précisé de même source. L’ancien chef de l’Etat, qui a donné dimanche une conférence à Shanghaï, devait rentrer dans la nuit à Paris. De son côté, l’ex-secrétaire d’Etat Frédéric Lefebvre a demandé des assurances, au-delà des déclarations d’Alain Juppé, pour éviter que sa médiation à l’UMP «ne puisse dériver en prise de contrôle "à l’ancienne" par des personnalités qui n’auraient pas la légitimité de l'élection».

Juppé estime avoir peu de chances de réussir sa médiation

Jean-François Copé, François Fillon et Alain Juppé lors du conseil national de l’UMP du 28 janvier 2012, à Paris.

Alain Juppé a estimé ce matin sur Europe 1 avoir «très peu de chances» de réussir sa médiation entre les deux rivaux pour la présidence de l’UMP, Jean-François Copé et François Fillon, ajoutant que si ces derniers refusaient ses conditions, il se retirerait. «S’ils n’acceptent pas, je n’ai aucun pouvoir pour imposer quoi que ce soit», a-t-il dit sur Europe 1, ajoutant être «réaliste» sur ce dossier.

L’UMP joue aujourd'hui sa survie avec une réunion de sa commission des recours suivie d’une rencontre, la première depuis le début de la crise, des deux rivaux François Fillon et Jean-François Copé sous l'égide d’Alain Juppé, à la tête d’une médiation déjà très fragilisée.

Après une journée de trêve médiatique samedi, le feuilleton né il y a une semaine du vote des militants pour désigner un nouveau président à leur formation va sans nul doute connaître de nouveaux rebondissements.

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Premier rendez-vous: à 9h45 au siège du parti a démarré une réunion de la Commission des recours. Censée dire le droit en cas de contentieux électoral, celle-ci se trouve au centre d’une bagarre entre fillonistes et copéistes. Les partisans de l’ancien Premier ministre François Fillon jugent qu’elle est aux mains de leurs adversaires et ne veulent pas prendre ses décisions pour argent comptant, préférant s’en remettre à Alain Juppé pour arbitrer.

Les amis de Jean-François Copé jouent au contraire le légalisme à fond: de leur point de vue cette commission est la seule valable au vu des statuts du parti et son jugement sera souverain. Ils émettent en revanche les plus grandes réserves sur la proposition d’arbitrage d’Alain Juppé.

Une partie des conditions édictées par l’ancien Premier ministre pour mettre en place un arbitrage - que la commission ne se réunisse pas dimanche matin et que ses membres ayant soutenu l’un ou l’autre candidat se déportent - sont déjà tombées à l’eau. Si d’autres obstacles majeurs devaient se placer sur sa route, Alain Juppé serait très vite tenté de jeter l'éponge.

«Sarkozy suit l’affaire de près»

C’est seulement au moment de la médiation que pourraient alors être approuvées les modalités de constitution d’une commission de médiation, qui sous quinze jours, et avec l’aide de personnalités indépendantes, rendrait ses conclusions pour tenter de sortir de l’impasse.

Pour le moment toujours président du parti, Jean-François Copé semble déterminé à ne rien lâcher. Interrogé samedi, son entourage veut croire qu’Alain Juppé prendra en compte les travaux de la commission des recours, point final.

Côté Fillon, l’un de ses proches, Jérôme Chartier, a répété qu’il n’y avait qu'«une seule commission», «souveraine», «celle présidée par Alain Juppé».

Derrière les deux prétendants pour 2017, l’ancien président Nicolas Sarkozy «suit l’affaire de très près», selon un proche de l’ancien chef de l’Etat. Soucieux de se ménager la possibilité de revenir sur le devant de la scène, ce dernier «n’acceptera jamais qu’Alain Juppé s’empare des rênes des l’UMP», selon le même. Un scénario de remise en selle du maire de Bordeaux qui en inquiète plus d’un dans le parti.

 Nicolas Sarkozy, vendredi à Paris.

Les sympathisants réclament un nouveau vote

En attendant, les dégâts dans l’opinion semblent importants: dans un sondage publié dimanche par le JDD, 71% des Français et 67% des sympathisants UMP estiment que ce serait «une bonne chose» de refaire l'élection.

Les deux adversaires perdent également pas mal de points dans leur rangs: la cote de popularité de François Fillon parmi les sympathisants UMP est passée de 90% avant l'élection à 86% après, les chiffres pour Jean-François Copé passant de 76% (avant l'élection) à 55% (après).

François Fillon est jugé toutefois comme le meilleur opposant à François Hollande par 30% des Français, loin devant Jean-François Copé (19%), selon un sondage BVA pour Le Parisien/Aujourd’hui de dimanche.

 (AFP)  25 novembre 2012 à 09:20  (Mis à jour: 20:57)

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