Convivial, une sortie d'entreprise peut favoriser la qualité des relations entre collègues. Mais quand l’alcool coule à flots, la soirée peut tourner au désastre. Témoignages.

Les réceptions organisées par les entreprises à l'approche des fêtes sont le théâtre de débordements
entre collègues (photo d'archives).Image: Keystone

En fin d’année, on boucle les comptes. On les règle aussi. Samedi, la soirée de Noël de la filiale thaïlandaise d’AutoAlliance s’est déroulée au rythme des coups de poings, jets de bouteille et grenades artisanales, rapporte le Bangkok Post. Au total, ce ne sont pas moins de 30 personnes qui ont été blessées, dont l’une est dans un état grave. Si l’on ne connaît pas le déclencheur de cette rixe générale, ce fait divers démontre toute la sensibilité de ces soirées d’entreprises qui proposent un cocktail explosif: travail et champagne. Soirées de boîte, fatales à leurs collaborateurs?

Le DRH «pissait sur les vitrines»

Toutes les années, Marc*, ex-employé d’une société de communication basée sur l’arc lémanique, assistait au même spectacle à l’approche de Noël: apéro, restau, disco. «Des tables VIP étaient réservées dans une boîte branchée et on commandait des bouteilles de rhum et de vodka. L’équivalent de mon salaire annuel était dépensé en une soirée.» Sur le chemin du retour, se souvient-il, «le directeur des ressources humaines pissait sur les vitrines de boutiques de luxe pendant que l’apprenti vomissait». Quid de leur retour au bureau le lundi matin? «Pour eux, pas de quoi se sentir honteux. Cela prouvait juste qu’ils étaient humains.»

«Oui, on est tous humains», concède Dwight Rodrick, responsable de prévention et de formation dans les entreprises pour Addiction Suisse. «Mais ces soirées peuvent mettre les collaborateurs dans des situations embarrassantes et porter préjudice à leur crédibilité». Aussi, attention à ne pas lorgner avidement sur le décolleté de la femme de son supérieur, comme Christophe* en a fait l’expérience il y a plusieurs années. Aviné, le malheureux a dragué l’épouse du directeur au vu et au su de tous lors de la fête annuelle de son entreprise, ce qui l’a discrédité auprès de ses collègues: «Ils se foutaient de moi dans mon dos. Je me suis payé la grosse honte et je suis revenu au boulot la queue entre les jambes!»

A en croire une étude réalisée par le site de rencontres extraconjugales AshleyMadison.com et citée par Femina ce dimanche, ce type d’anecdote ne serait pourtant pas isolé. En effet, plus de 60% des femmes et 46% des hommes interrogés cèderaient au flirt entre collègues lors de ces petites sauteries organisées aux frais de l’entreprise.

Une soirée à 1000 francs par personne

Si les soirées de fin d’année sont l’occasion pour certains de faire des rencontres coquines, pour l’entreprise, en revanche, c’est l’occasion de faire un geste de reconnaissance à l’égard de son personnel et de fédérer les employés, selon Mathieu Nadal, directeur commercial de l’agence Organisation Evenements basée à Genève. Mais c’est aussi un moyen de les motiver, reconnaît-il. Aussi, depuis le mois de septembre, les entreprises genevoises sont sur le pied de grue pour organiser leur réception.

Si certaines d’entre elles organisent des agapes à l’interne, d’autres en revanche sous-traitent auprès de sociétés spécialisées et sortent le grand jeu pour épater leurs collaborateurs. Le tout pour une somme allant de 100 à 1000 francs par personne, selon les agences. Au programme : location de salle, service traiteur, animation musicale voire spectacle d’effeuillage. «Les numéros de magie et les soirées meurtre et mystère ne prennent plus», explique Mathieu Nadal. «Les gens veulent bien manger et rêver.» Et plus si affinités.

*Prénoms d’emprunt

(TDG) - Par Svenn Moretti. Mis à jour à 16h43

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