La formule est célèbre : « On ne s’est jamais autant amusé que sous l’Occupation. » Il en est une autre, d’un ami des arts et des hommes : « Un peuple heureux n’a pas besoin d’humour », disait Staline. Aujourd’hui, le rire est partout. Il remplit les salles, à Paris comme en province. Il a investi la télévision, qui lui offre de multiples lucarnes, ses émissions au quotidien, des chroniqueurs omniprésents dans le rôle de dézingueurs et torpilleurs. Il a gagné les ondes, traversant les tranches horaires et particulièrement les matinales de toutes les grandes radios. Air du temps oblige, il s’est invité sur Internet. Tout se passe comme s’il y avait un impératif de rigolade. Dans un développement industriel. Même les politiques usent de l’humour comme d’une arme électorale supplémentaire.

Mais de quel rire parle-t-on ? De celui qui dérange, exigeant et écrit, à la manière de Christophe Alévêque et du Comte de Bouderbala ? Ou de celui des ricaneurs que dénonce Jean-Michel Ribes, ces « petits rigolos », selon l’expression de Pierre Desproges, quintessence du rire dont le spectre domine toujours le genre ? Car l’humour en vogue, imposé, est bien souvent celui du consensus, gras et facile, parfois autocensuré, se contentant de l’anecdote. Si la multiplication des scènes révèle une crise de rire générale, dont profitent les producteurs, elle n’en montre pas moins une crise du rire.

Par Jean-Claude Renard - 20 décembre 2012

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