Alors que François Nebout se représente en 2014, quelles sont les perspectives pour la gauche à Soyaux ? Une ville qui vote à gauche à tous les scrutins depuis 24 ans, sauf aux municipales.

 

 1 à 5 - Fanta Diallo. (Archive Pierre Duffour) - Bernard Rivalleau. (Photo Renaud Joubert) - Christian Prouzat. (Archive Pierre Duffour) - Claude Fort. (Archive Majid Bouzzit) - Abel Migné (Archive Renaud Joubert)

C'est un paradoxe qui dure depuis déjà plus de vingt ans. Soyaux, ville majoritairement à gauche aux élections présidentielle, législatives ou cantonales, réélit systématiquement le maire divers droite François Nebout depuis 1989. Un maire qui se paie le luxe de passer dès le premier tour depuis 1995 et creuse l'écart un peu plus à chaque échéance. Tentatives d'explication avant les élections de 2014.

La personnalité de François Nebout

 «Il est médecin et fait campagne tous les jours dans son cabinet», disent les plus vifs. «Une personnalité très ronde, agréable», avance Denis Lavauzelle, opposant PC. Ses adversaires passés et présents mentionnent «le notable» en lui reconnaissant un attachement certain à son territoire.

Un homme de rassemblement plus que d'étiquette. «Sa force, c'est une équipe au sein de laquelle des convictions différentes s'expriment», glisse Claude Fort. L'ancien élu PS, tête de liste contre Nebout en 2001, est passé de son côté en 2008. Sans regret. «François Nebout est attaché au social. Le problème de la gauche est de trouver des failles.»

De façon assez étonnante, ce revirement n'est pas vu comme une trahison par Abel Migné, l'ancien conseiller municipal et conseiller général socialiste. «Claude Fort est fondamentalement de gauche et fait du bon boulot !»

Au sein d'une agglo passée à gauche, le maire de Soyaux détient le poste clé des finances. Il faut entendre le socialiste Philippe Lavaud et le divers droite François Nebout vanter leurs relations cordiales. «Il est très difficile à combattre politiquement, d'autant plus que les solutions qu'ils apportent au Champ-de-Manoeuvre ne sont finalement pas très différentes des nôtres dans nos quartiers», souligne le maire d'Angoulême. «Si mes idées sont libérales, je ne suis dans aucun parti. Je ne demande pas à mes colistiers leur couleur politique», dit François Nebout.

Divisions de la gauche

Elles découlent, expliquent ou se superposent à ce qui est dit plus haut. «Il y a toujours eu deux ou trois élus de gauche pour rallier Nebout et le renforcer», regrette Robert Lafleuriel, élu communiste pendant trente-et-un ans à Soyaux. Le revirement de Claude Fort en 2008 est un aléa de plus, «significatif des tiraillements du PS», ajoute Christian Prouzat.

Des tiraillements apparus au grand jour dans le conflit opposant Claude Fort à Tony Chauvet, investi par le PS en 2008. Fanta Diallo, leader actuelle de l'opposition, qui a démissionné du PS en septembre dernier, vide son sac. «Nebout a toujours été soutenu par le PS. On m'a dit très clairement qu'on pouvait le remercier d'avoir fait battre Mottet à Angoulême. Il y a des enjeux de pouvoir qui dépassent Soyaux.»

Au-delà du PS, «ce sont les défauts de la gauche elle-même qui ont conduit à cette situation», dit l'ancien député Jean-Claude Viollet. Une division patente en 1995. Christian Prouzat, non encarté, monte une liste dissidente face à Abel Migné, avec le soutien du PC. Un coup de force assumé: «Ça peut sembler paradoxal, mais la gauche partait déjà désunie, je voulais faire prendre conscience du problème.»

La situation est-elle différente aujourd'hui ? Ils sont sept élus face à Nebout, trois PS, une ex-PS, une Verte et deux PCF. «Il y a une fracture préexistante qui s'est élargie entre Bernard Rivalleau, Annie Peyronnet (PS) et le reste de l'opposition. On ne travaille pas ensemble, ils ne préparent jamais les conseils avec nous», glisse Fanta Diallo.

Un deal Nebout-Migné?

La ville à François Nebout, le canton à Abel Migné, conseiller général depuis 1988. C'est ce que disent des rumeurs persistantes. «Faux», «ridicule», «impossible de s'arranger dans des élections». «J'ai compris que je ne pouvais pas le battre sur la ville, il a compris qu'il ne pouvait pas me battre sur le canton», avoue Abel Migné, qui dit travailler «pour l'intérêt général avant tout». «On se respecte et on ne s'entend pas trop mal, ajoute François Nebout. Mais il n'y a jamais eu de deal.»

Les perspectives de la gauche

Alors que Fanta Diallo a démissionné du PS, c'est Bernard Rivalleau, dans l'opposition depuis deux mandats, qui pourrait conduire une liste en 2014. «C'est une des solutions envisageables, mais j'attendrai d'être investi par le PS, confie celui-ci. Si ce n'est pas le cas, il n'y aura pas de dissidence de ma part.»

Une liste alternative pourrait en revanche bien se monter. «Une hypothèse», avance Fanta Diallo, qui ne tient pas à figurer sur une liste conduite par Bernard Rivalleau. «Rien n'est exclu, sauf de rejoindre Nebout !», répond Denis Lavauzelle, alors que Joëlle Rassat, seule élue Verte, attend «un projet» pour se positionner.

Une liste d'union large de la gauche ou deux listes de gauche pour 2014 ? «Il faut relativiser les divisions par rapport à d'autres municipalités, prévient Joëlle Rassat. Présenter différentes listes n'est pas forcément un facteur de perte de voix. Il est même plutôt remarquable qu'une seule liste ait été présentée lors des derniers scrutins sur la troisième ville de Charente !» C'est Christian Prouzat qui le remarque aussi.

En réunissant près de 49 % en 1995, les deux listes de gauche n'ont jamais été aussi près du but. Les deux points d'écart sont passés à 16 en 2001 et 2008.

Battre Nebout, mission impossible ? «Si j'y vais, je ne me considère pas battu d'avance, lance en tout cas Bernard Rivalleau. Il y a une usure du pouvoir et qui sait ce que feront les gens de gauche qui sont aujourd'hui dans la majorité ?»


12 Février 2013 | 04h00 - Mis à jour | 07h58 - Céline Aucher

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