L’effort annoncé alimente les rumeurs autour d’un scénario catastrophe.

La France va-t-elle rester une puissance militaire qui compte ? C’est la question qui agite les milieux de la défense depuis quelques semaines.

Les déclarations alarmistes se sont multipliées ces derniers jours, et la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées a très officiellement dénoncé les menaces que ferait peser sur les armées et les industries de défense un budget de moins de 30 milliards d’euros. Aujourd’hui, il dépasse les 31 milliards d’euros.

Jusqu’à la fin du mois de février, l’option qui semblait la plus probable était la suivante : compte tenu des contraintes du moment, le budget 2014 de la Défense était revu à la baisse mais restait dans la logique des exercices précédents. L’obligation de trouver 5 milliards d’économie supplémentaires serait brutalement venue fragiliser le scénario prévu. Le président de la République, dit-on, va devoir arbitrer entre deux modèles dits Y et Z. « On ne sait pas de quel côté va pencher la balance, constate un officier. Les plus pessimistes disent que la guerre du Mali est notre chant du cygne. »

 

Les modèles Y et Z

Le modèle Y prône le zéro valeur pendant un, deux voire trois ans avant de revenir au zéro volume tout en tablant sur un éventuel retour à une hausse même minime en fin de loi de programmation. Dans le zéro valeur, le budget est reconduit d’une année sur l’autre sans tenir compte de l’inflation, ce qui signifie qu’il baisse. Dans le zéro volume, il progresse seulement au rythme de la hausse des prix.

C’est à peu près sur ces bases que le Livre blanc sur la défense et la sécurité a été préparé. Le document qui doit redéfinir les priorités stratégiques pour la France à horizon 2020 devrait enfin être rendu public fin avril avec plusieurs semaines de retard sur le programme initialement prévu mais certains l’ont déjà rebaptisé « Livre noir ».

Le modèle Z repose sur une baisse importante du budget 2014, qui s’établirait autour de 29 milliards. Pour les sénateurs, une diminution de cette importance entraînerait le budget sur une pente très dangereuse puisqu’à la fin de la loi de programmation militaire l’effort de défense ne représenterait plus que 1,1 % du PIB. Ce chiffre est aujourd’hui de 1,56 % alors qu’il atteignait 5 % dans les années 60. « Si c’est cette option qui est retenue, on pourra mettre le Livre blanc à la poubelle et se remettre au travail », estime-t-on dans l’entourage du ministère de la Défense.

 

Un autre modèle ?

Pour tous les adversaires de ce scénario, les conséquences d’un budget à 29 milliards seraient catastrophiques, et ils n’hésitent pas à noircir le tableau. « Cela voudrait dire qu’il faudrait supprimer au moins une fonction de notre défense. Laquelle ? La dissuasion ? Si l’on s’y refuse, il faudrait renoncer à nos forces de projection. La troisième solution serait de tirer un trait sur notre force de protection du territoire, ce qui reviendrait à faire disparaître notre armée de terre pour demander à l’Otan d’assurer notre sécurité. » Dans ce schéma, les armées perdraient encore 50 000 postes et les industries de la défense verraient disparaître autant d’emplois.

Les conséquences annoncées de ce modèle Z sont tellement catastrophiques que certains observateurs se demandent aujourd’hui s’il doit vraiment être pris au sérieux. Si ces sceptiques avaient raison, il faudrait alors s’interroger sur les raisons pour lesquelles il a été mis en avant avec autant d’insistance depuis quelques semaines. Selon l’une des hypothèses les plus fréquemment avancées, ce modèle impossible pourrait avoir été mis sur la place publique pour préparer le terrain avant l’annonce de coupes plus importantes que dans le modèle Y mais moins radicales que dans le modèle Z, tout en donnant l’impression que l’on a échappé au pire.

Publié le 27/03/2013 à 06h00 - Par Pierre Tillinac

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