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Le conflit qui oppose la société américaine Uber aux taxis, reflète une fracture bien réelle au sein de l'opinion française. Les uns dénoncent un monopole dépassé, les autres estiment qu' Uber préfigure un monde dans lequel la concurrence sera sauvage.

"C’est à la façon dont un pays gère le problème de ses taxis que l’on peut mesurer sa capacité à se réformer en profondeur", déclarait Jacques Attali, lors de la remise de son rapport en 2008 . On ne saurait nier que les faits lui ont donné raison. Le conflit qui oppose la société américaine Uber aux taxis, reflète une fracture bien réelle au sein de l'opinion française qui va au-delà d'une simple querelle entre Anciens et Modernes.

Voici, en très schématisé, les argumentaires qui s'affrontent. D'un côté, les partisans d'Uber qui dénoncent le combat d'arrière-garde des taxis, un lobby vieillot arc-bouté sur la défense de son monopole au mépris des besoins de la clientèle. Alors que la révolution internet a remodelé des pans entiers de l'économie traditionnelle, (agence de voyages, industrie musicale, presse, grande distribution, librairies...), ils ne voient pas à quel titre les taxis, avec leur numerus clausus dans certaines villes comme Paris, leur licence à prix prohibitif (200.000 euros environ), le paiement des courses en liquide, etc., devraient faire exception. Autrement dit, au nom de quoi les pouvoirs publics devraient-ils cautionner un monopole privé ?

Dans le camp d'en face, les partisans des taxis fustigent Uber, son application UberPop et, au-delà l'"ubérisation" de la société. Ce néologisme désigne une nouveau modèle économique qui, via Internet, propose à l'achat des services "à la pièce" en supprimant les intermédiaires. Pour ses détracteurs, le secret de ce modèle consiste à contourner la législation (Code du travail, droit social) et les coûts inhérents au salariat en exploitant chômeurs, étudiants, retraités... conducteurs occasionnels prêts à tout pour un complément de revenus. Autre particularité de ce modèle : l'évaluation de l'offreur est systématiquement faite à chaque prestation de services par l'utilisateur lui-même , un mécanisme qui suppose une mise en concurrence radicale, voire "sauvage". En d'autres termes, Uberisation aujourd'hui, "Uberpaupérisation" demain.

Pourtant, à terme et dans l'intérêt même des clients, la convergence des deux métiers, et partant des deux camps, n'est-elle pas inéluctable ?

LesEchos.fr