Transport   Contrainte de s'adapter aux lois en vigueur, la société américaine va drastiquement réduire son offre dans le canton

UberAGeneveUn accident, mardi en début de soirée au centre-ville, entre un véhicule utilisant l'application Uber et un taxi de service public, a attisé les tensions à Genève.

Face aux autorités genevoises et aux taxis, Uber a plié. La société américaine, qui propose à Genève une application de mise en relation entre chauffeurs professionnels et clients, a annoncé ce mercredi 10 juin «modifier son mode opératoire» et «se conformer à la réglementation en vigueur dans le canton».

Seules les limousines pourront se connecter à l'application Uber d'ici fin juin. Uber supprimera en outre l'accès à son application aux taxis genevois, qui jusqu'à présent pouvaient l'utiliser en marge de leur travail (même si certaines centrales l'interdisaient). L' application d'Uber montrera désormais que le prix de chaque course est plafonné. Le tarif maximal sera connu des passagers avant qu'ils ne montent dans le véhicule.

L'offre de la société californienne à Genève sera autrement dit drastiquement réduite, alors qu'auparavant n'importe quel chauffeur professionnel pouvait utiliser son application dans le canton. Uber ne révèle cela dit aucun chiffre: «C'est un changement radical pour Uber, il aura un impact important sur notre offre», concède Thomas Meister, porte-parole de l'entreprise pour l'Europe de l'Ouest. L'offre était auparavant déjà le point faible de la multinationale américaine au bout du lac. «Nous manquons de chauffeurs. Nous n'arrivons à satisfaire que la moitié des commandes des passagers», confiait en effet Steve Salom, directeur d'Uber pour la Suisse romande, début mai.

Fronde des taxis

La pression, pour la société américaine, était devenue insoutenable. Le Service du commerce a sommé fin mars Uber de cesser ses activités dans le canton, car son service viole selon lui la Loi cantonale sur les taxis de service public (LTaxis). Uber a fait appel, mais ce dernier a été rejeté. Dans une lettre datée de ce mercredi 10 juin, Me Jacques Roulet, avocat de la principale centrale de taxis à Genève, Taxiphone Centrale SA, incite les gens à dénoncer toutes activités illégales d'Uber à Genève, surtout à partir du mois de juillet. L'Etat a en effet fixé un ultimatum au 30 juin pour qu'Uber se conforme à la Ltaxis.

Un collectif de 637 taxis, représenté par Me Bayenet, a récemment lancé une série de manifestations à Genève face à Uber, qu'il considère comme un service concurrent. Fin mai, 300 chauffeurs du collectif ont défilé au centre-ville dans leur véhicule. La semaine dernière, c'est à pied qu'ils se sont rendus à la chancellerie d'Etat pour remettre une lettre aux députés leur demandant de stopper l'application américaine dans le canton. Depuis peu, ils distribuent aussi des tracts à leurs clients pour défendre leur cause.

«Nous changeons donc notre mode opératoire en attendant qu'une nouvelle loi soit en vigueur», précise Thomas Meister. Le ministre de l'Economie en charge du dossier, Pierre Maudet, est en effet en train de rédiger une nouvelle loi, qui devrait s'adapter aux services de sociétés comme Uber. Dans sa lettre, Jacques Roulet met en garde contre toute «libéralisation» du secteur risquant de «détruire le service public que représente le taxi».

Un accident entre Uber et les taxis

Un accident, survenu mardi en début de soirée, n'est pas venu arranger la situation. Une grosse Mercredes noire s'est engagée à contre-sens sur la rue des Bains et a percuté un taxi affilié à Taxiphone.

Le chauffeur de taxi dit avoir été heurté par un véhicule utilisant Uber. Aucun constat n'a été transmis à la police et Uber dit ne pas être courant. Les deux chauffeurs se sont donc entendus à l'amiable, à moins qu'ils n'aient jugé bon de ne pas en réferrer aux autorités. L'affilié de Taxiphone a pris la photo ci-dessus, avant de la transmettre à sa centrale. La centrale a ensuite jugé bon de l'envoyer à la Tribune de Genève. (24 heures)

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