Le président vénézuélien a été largement réélu, dimanche, au terme d’une campagne disputée. D’immenses chantiers attendent le nouvel exécutif, au plan social comme à celui de l’intégration régionale.

Caracas (Venezuela), envoyée spéciale. C’est d’abord une image. En 2002, les militaires s’étaient emparés des toits du palais de Miraflores pour célébrer la retour du président vénézuélien, Hugo Chavez, à la suite du coup d’État avorté orchestré par le patronat, les médias privés et les États-Unis. Dimanche soir, ils sont de nouveau remontés sur les hauteurs du siège présidentiel pour consacrer la réélection d’Hugo Chavez. « La bataille a été parfaite sur toute la ligne ! » a lancé le Comandante depuis le balcon du peuple. « Une bataille démocratique grâce à la conscience de notre peuple. La voix majoritaire s’impose sur la voix minoritaire en la respectant. » Il s’agit là de la quatorzième victoire du « chavisme » sur quinze scrutins depuis la première élection du candidat du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), en 1998.

Au terme d’une journée cruciale pour la poursuite du processus de changement, le président sortant a été réélu, pour la troisième fois, en totalisant 54,84 %, des voix, selon le premier décompte du Conseil national électoral (CNE). Avec 7 860 982 voix, le leader de la révolution bolivarienne devance très nettement son principal rival de droite de la Table unitaire démocratique (MUD), Henrique Capriles Radonski, qui obtient, lui, 44,55 %, soit 6 386 155 des voix.

Chavez progresse en voix

En pourcentage, Chavez est loin de son score de la présidentielle de 2006, qu’il avait remportée avec 63 % face à Manuel Rosales, son rival de droite de l’époque. Mais il progresse en voix – près d’un demi-million de suffrages supplémentaires –, au terme d’une élection marquée par une participation exceptionnelle de 80,85 %. Fait notable : il arrive en tête dans le riche État pétrolier de Zulia, pourtant bastion de l’opposition, ainsi qu’à Caracas, après des années de reculs électoraux dans la capitale.

Durant toute la campagne, le candidat socialiste comme ses partenaires avaient martelé le message selon lequel le retour de la droite aux affaires mettrait un terme aux réformes sociales qui ont permis d’extraire de la pauvreté des millions de Vénézuéliens. Aux yeux du grand pôle patriotique, la coalition de gauche qui regroupe l’ensemble des formations politiques de la majorité présidentielle, une victoire de l’opposition aurait renvoyé la patrie de Bolivar aux pires années, lorsque les néolibéraux imposaient, dans la violence, les plans d’ajustements structurels du FMI.

« Il y a vingt ans, ce pays était au bord de la guerre civile, a rappelé Hugo Chavez au moment de voter lui même dans le quartier populaire du “23 janvier”. Ils ont utilisé les militaires pour massacrer un peuple désarmé », a-t-il insisté, en référence au Caracazo de 1989, lorsque la révolte du petit peuple contre la libéralisation des prix avait été réprimée dans le sang. Autre enjeu du scrutin : la dimension régionale. « Nous allons dynamiser, dans un nouveau cycle, la puissance du Venezuela au sein même de la puissance latino-américaine », a relevé Hugo Chavez qui, cette dernière décennie, a été l’un des artisans de la coopération et des échanges continentaux. « Le gouvernement commence à travailler dès aujourd’hui. Nous entamons un nouveau cycle (…) au cours duquel nous avons l’obligation de répondre par une plus grande efficacité et un meilleur rendement aux besoins de notre peuple (…) Chaque jour nous oblige à être meilleurs. Le Venezuela poursuivra sur la voie du socialisme démocratique bolivarien du XXIe siècle », a-t-il promis devant une foule venue en masse fêter ce nouveau succès.

L’opposition a très vite reconnu le verdict des urnes, contrairement à ce que la majorité présidentielle redoutait. « Pour savoir gagner, il faut savoir perdre, a déclaré doctement Henrique Capriles Radonski. La parole du peuple est sacrée. » La droite avait pourtant placé beaucoup d’espoir en la figure de ce jeune avocat qui a su mener sa campagne électorale avec dynamisme et une certaine finesse démagogique en vue de séduire l’électorat populaire, plutôt favorable à son adversaire. Au point même que la presse, surtout étrangère, le voyait déjà à Miraflores. « Nous avons semé beaucoup d’arbres et ces arbres donneront beaucoup de fruits », a-t-il dit, en allusion aux prochaines élections des gouverneurs en décembre, mais, surtout, dans la perspective des municipales d’avril 2013. Manière aussi pour le gouverneur de l’État de Miranda de placer ses pions face à certains de ses partenaires de la MUD, dont « l’unité » pourrait souffrir de tensions internes dans la prochaine période.

Les feux d’artifice, qui ont retenti à l’annonce des résultats, ont fait écho à ceux qui ont réveillé le centre de Caracas dès trois heures du matin. À l’ouverture du scrutin, de longues files d’électeurs s’étaient formées aux abords des bureaux de vote. « La pauvreté et la mortalité infantile ont fortement diminué, rappelle Silfredo Otamendi, un militant du Psuv, en réponse aux détracteurs du processus. Les Vénézuéliens ont accès à la nourriture. Le gouvernement construit des centaines de milliers de logements. Tout le monde a profité de cette politique d’inclusion sociale, même les couches moyennes. » Toutefois, pour ce retraité, le nouvel exécutif doit s’attaquer au grave problème de la violence qui mine la société vénézuélienne.

« Ces treize dernières années, nous avons remué ciel et terre, pour défendre “la bataille” pour le socialisme », estime Oscar Sotillo, collaborateur à La Mancha, un journal alternatif. « Désormais, il faut se confronter aux problèmes persistants, à savoir un appareil bureaucratique excessif. Il a toujours existé, mais le nouvel État que nous voulons construire doit se défaire des vieilles pratiques. » C’est vrai également de la question de la corruption. La majorité présidentielle est aussi attendue sur le terrain du social afin de réduire les inégalités encore existantes. C’est donc peu dire que d’autres « batailles » attendent le nouvel exécutif dans un pays toujours aussi divisé et polarisé.

une presse polarisée 

La presse offrait, hier, un regard divisé sur les résultats : enthousiasme de la part des journaux favorables à la révolution bolivarienne, dépit de la part des médias privés. Ciudad Caracas, « la révolution au quotidien », célèbre ainsi la victoire sur sa une. El Nacional, un titre privé, a pointé uniquement les propos de Chavez sur « le talent démocratique de l’opposition ». El Universal, fidèle à sa ligne antichaviste, s’est borné à un titre de quatre mots : « Six ans de plus. »

Cathy Ceïbe

HUMANITE.fr