Monsieur le Ministre,

Je participe depuis près de deux mois à la concertation sur la refondation de l’école qui permet l’émergence d’idées innovantes. Comme de nombreux autres acteurs de l’éducation, j’en attends beaucoup. C’est pourquoi, bien que je sois ravie de votre mention à l’égalité filles-garçons dans la circulaire de rentrée, je souhaite attirer votre attention sur l’absence d’atelier spécifique à cette question qui joue pourtant un rôle important dans la réussite scolaire, et vous soumettre des propositions, étayées par l’expérience de la Région Ile-de-France et mon engagement féministe, qui pourraient être inscrites et mises en œuvre dans le cadre de la loi d’orientation.

Le premier rapport que j’ai présenté et fait voter en tant que vice-présidente aux lycées et aux politiques éducatives, en octobre 2010, plaçait au centre de mon action l’égalité, et en particulier l’égalité des filles et des garçons. Cet engagement s’est concrétisé par la création du dispositif « Jeunes pour l’égalité » qui vise à engager les jeunes dans une démarche active et participante contre les violences sexistes et les représentations sexuées, en faveur de la liberté sexuelle et de la laïcité en tant que principe fondamental pour le vivre ensemble, en toute égalité, au-delà des divergences d’opinion ou de conviction.

Ce dispositif à destination des jeunes qui a été l’un des premiers actes forts de mon début de mandat, reposait sur divers constats.

- La non-mixité de certaines filières scolaires et professionnelles : dans la filière professionnelle, par exemple, 89% des filles optent pour le secteur des services et 55% des garçons pour le secteur de la production.

- L’ampleur des violences subies par les jeunes : 9% des filles et 2% des garçons de 14 à 18 ans ont été victimes de violences sexuelles ; 23% des garçons et 13% des filles de 12 à 18 ans ont été victimes de violences physiques.

- La confusion entre liberté sexuelle et pornographie.

- Le contrôle de la sexualité et du corps des filles par les extrémismes religieux : limitation de la présence et de la liberté de circulation des filles dans l’espace public, entrave à la contraception et à l’IVG, mariages forcés….

En 2011-2012, l’ADRIC, association subventionnée par la Région pour cette action, est allée à la rencontre de plus de 4 000 jeunes franciliens dans 18 lycées d’Ile-de-France pour débattre de ces questions qu’ils se et nous posent sur l’égalité des filles et des garçons. Au total, les intervenant-e-s de l’ADRIC ont débattu avec eux pendant plus de 176 heures. A la suite de ces débats, trois autres associations, Cie Désamorces, Maison des écrivains et Maison de l’arbre, ont travaillé avec des groupes de volontaires pour les accompagner dans la construction d’outils de sensibilisation (affiches, courts-métrages, radio, textes, théâtre-forum) à destination de leurs camarades. Ces actions m’ont beaucoup appris sur la demande des jeunes en termes de dialogue et de débat avec des adultes compétents sur des sujets qui les concernent au quotidien.

C’est à partir de cette expérience que je souhaite vous transmettre quelques propositions de travail nécessaires à un accompagnement des jeunes vers une citoyenneté active :

- généralisation du dispositif « Jeunes pour l’égalité » ;

- généralisation du Pass contraception ;

- construction d’outils nationaux pour répondre aux situations d’urgence (à savoir le suivi et l’accompagnement des jeunes victimes de violences) ;

- présence de psychologues dans les établissements et formation des personnels sanitaires et sociaux aux violences sexuelles et aux questions liées à l’égalité ;

- ouverture d’une réflexion nationale sur la production et la reproduction d’une orientation professionnelle sexuée par les jeunes, les enseignant-e-s et les familles ;

- mise en place d’un véritable accompagnement des filles ou des garçons minoritaires dans leur classe (notamment dans les filières technologiques et professionnelles) ;

- formation de toutes les équipes éducatives sur les questions liées à l’égalité des filles et des garçons, ainsi qu’à la laïcité ;

- prise en compte de ces questions dans les programmes scolaires, de la maternelle au lycée ;

- organisation d’un partenariat actif entre les Ministères de l’Education nationale, des droits des femmes et les collectivités pour faire avancer ces thèmes prioritaires avec des moyens humains et financiers à la hauteur des enjeux.

Agir pour l’égalité des filles et des garçons, c’est porter une certaine vision du monde et de la citoyenneté. La loi d’orientation devrait porter et faire avancer le principe de l’égalité des filles et des garçons.

Je reste bien entendu à votre disposition, Monsieur le Ministre.

Je prends également contact avec Madame la Ministre aux Droits des femmes à ce sujet.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.

Henriette ZOUGHEBI, Vice-présidente du Conseil régional d'Ile-de-France en charge des lycées et des politiques éducatives.

 

>>> Lire aussi : « Jeunes pour l’égalité » : Une expérience réussie d’éducation à l’égalité filles-garçons

Le 22 juin dernier, 250 lycéen-ne-s venu-e-s des trois académies d’Ile-de-France se sont retrouvé-e-s à l’invitation d’Henriette Zoughebi, Vice-présidente aux lycées et aux politiques éducatives, au Conseil régional pour présenter leurs productions : affiches, photographies, textes, slams, chanson, théâtre-forum, courts-métrages et émissions de radio[1]. A travers tous ces médias, ils se sont emparés de la question de l’égalité des filles et des garçons pour témoigner, dénoncer et revendiquer une société égalitaire et non-violente. Pendant trois heures, ces jeunes se sont écoutés avec respect et attention, à une période de l’année où leur présence scolaire n’était plus une obligation. Autant dire que la question leur tenait à cœur ! >>> Lire la suite


- le 8 Septembre 2012

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