"Vous êtes une grande dame", a dit François Hollande, en l'élevant au grade de grand officier de la Légion d'honneur

Andrée Gros, le dimanche 11 Novembre 2012, décorée par le président de la République
Photo AFP/ Kenzo Tribouillard

Le président François Hollande a décoré dimanche à l'Elysée quatre "grandes figures de la Résistance, pour ne pas dire de l'histoire". La manifestation constituait le point d'orgue des cérémonies du 11 Novembre, qui commémoraient pour la première fois cette année les "morts pour la France" de toutes les guerres.

Parmi ces quatre "grandes figures de la Résistance", on trouvait Andrée Gros, la présidente de l'Association des déportés, internés et familles de disparus de la Charente. Cette dame de 86 ans - arrêtée à l'âge de 18 ans, torturée à la prison d'Angoulême puis déportée à Ravensbrück puis Buchenwald - a été élevée au grade de grand officier de la Légion d'honneur. La distinction est prestigieuse : on ne compte que 250 récipiendaires en France.

 

"La République, chère Andrée Gros, a besoin de votre témoignage, encore et toujours. Elle vous remercie non seulement pour ce que vous avez fait, mais surtout parce que vous êtes une grande dame", a dit le président.

Voici l'intégralité du discours de François Hollande :

"Andrée GROS,

C'est une jeune fille de 18 ans que la République aujourd'hui distingue. C'est l'âge que vous aviez, 18 ans, lorsque, le 1er septembre 1943, dans votre Charente natale, vous rejoignez le Bureau central de renseignement et d'action, puis la section de sabotage, rien de moins des Forces françaises combattantes.

Dans la ferme familiale, vous aidez, jour après jour, des résistants à se cacher, à se protéger, à se nourrir. Vous participez à des parachutages d'armes. Vous permettez à des aviateurs alliés de trouver une protection en France.

Mais le 15 mars 1944, votre vie bascule : vous êtes arrêtée par la police allemande, puis incarcérée à la maison d'arrêt d'Angoulême. Vous y êtes torturée atrocement sans jamais que vos bourreaux ne parviennent à vous faire sortir de votre silence.

Le mois de juin 1944, qui fut pour la France une Libération, fut pour vous un enfer, vous êtes déportée vers Ravensbrück. Puis c'est la « route de la mort » après l'évacuation du camp par les nazis. Vous parvenez pourtant à vous échapper, à vous évader. Mais ce n'est que le 1er juin 1945 que vous rejoignez la France.

Vous étiez une combattante. Vous devenez une survivante, mais avec quelle vitalité.

Et vous êtes, pour toujours, une Résistante.

La Résistance, pour vous c'est d'abord la fidélité : à vous-même, à vos 18 ans, à votre famille, aux valeurs de la République.

La Résistance pour vous c'est une révolte. Vous l'avez écrit vous-même, des années après et je vais vous citer : « Mon refus fut spontané, refus de me soumettre aux lois imposées par les occupants, refus des humiliations quotidiennes, refus de la croix gammée ».

Voilà la Résistance, c'est un refus, mais aussi une volonté. La conviction que rien n'est inaccessible au courage. Et vous avez donc décidé de prolonger l'esprit de la Résistance au-delà de la Résistance.

C'est la cause, la grande cause de votre vie. Veiller au souvenir de la déportation. Vous exercez des responsabilités nationales au sein de la Fédération des déportés et internés résistants, mais surtout vous animez, non vous chérissez le musée de la Résistance et de la déportation d'Angoulême parce que c'est votre œuvre, vous l'avez créé, vous l'avez constitué. C'est ainsi que vous montrez votre attachement à la Charente, à la Charente résistante, mais aussi à tous ces hommes et à toutes ces femmes qui sont morts pour notre liberté.

La République, chère Andrée GROS, a besoin de votre témoignage, encore et toujours. Elle vous remercie non seulement pour ce que vous avez fait, mais surtout parce que vous êtes une grande dame."


Publié le 14/11/2012 à 16h47 | Mise à jour : 14/11/2012 à 17h57

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