La mairie souhaite expérimenter la « médiation par les pairs » dans quatre écoles. Le projet est soumis ce soir en Conseil.

Florent-Damien Marty, coordonnateur du Conseil local de sécurité et prévention de la délinquance de la ville de Soyaux.
Le projet de médiation par les enfants eux-mêmes, dès les classes primaires, est une des pistes d'action du CLSPD. Photo céline levain

Ce soir, lors du Conseil municipal de Soyaux, l'adjoint en charge de la tranquillité publique, Michel Bonnefond, proposera aux élus d'étendre les actions du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, le CLSPD. Parmi les actions suggérées, l'une est étiquetée « expérimentale » : il s'agit d'introduire dans quatre écoles primaires de la ville et un collège l'action « médiation par les pairs » proposée par Omega, l'association spécialiste de la médiation sociale.

Volontaires

De quoi s'agit-il ? De former les enfants volontaires d'une école, ainsi que les adultes présents (enseignants, Atsem et personnel de nettoyage) à la déontologie et aux principes de la médiation.

Il s'agit d'être capable de dénouer les conflits avant qu'ils ne dégénèrent, mais aussi de réagir de manière adéquate à des incivilités de toutes sortes. Pour les enfants, d'être en mesure de distinguer les faits qui relèvent de la médiation « en interne », et les actions plus graves qu'il faut signaler aux adultes.

L'action de formation d'Omega durerait trois années, à partir de l'année scolaire 2012-2013 après lesquelles elle pourrait se retirer, l'école étant capable de « s'autogérer ».

L'idée de médiation par les pairs n'est pas nouvelle, elle a montré son efficacité (lire ci-dessous), mais elle est jusqu'à présent, en France, très peu présente au niveau primaire.

C'est là tout l'intérêt : il s'agit de prévention, insiste Michel Bonnefond. « Il vaut mieux traiter l'incivilité en amont. Et malheureusement, on se rend compte que les incivilités commencent très tôt. »

« La délinquance, c'est une personne qui s'inscrit dans un parcours, souligne de son côté Florent-Damien Marty, coordonnateur du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance. En commençant très tôt, l'enjeu est l'éducation à la citoyenneté. Pour que les enfants ne s'inscrivent pas dans ce parcours. »

L'introduction de la médiation par les pairs dans plusieurs établissements scolaires de Soyaux passera en phase concrète à plusieurs conditions : d'abord, l'accord des élus ce soir, ensuite, celui des adultes présents dans les écoles. Enfin, le lancement de l'action dépend d'un financement (ou non) par un fonds d'expérimentation national.

Ce projet entre dans une politique plus large, pensée, qui est en train de se structurer à Soyaux. Elle est impulsée par le CLSPD et son pendant, le Collectif tranquillité publique. L'idée est de pouvoir donner une réponse adéquate, et graduelle, à tous les actes de délinquance et d'incivilité qui ne relèvent pas de la justice.

Diagnostics sécurité

Ainsi, la ville va mettre en place en 2012 le « rappel à l'ordre » par le maire, qui permet, pour des actes infra-pénaux, de convoquer le fautif dans le bureau du maire. En parallèle, elle est en train de réaliser, pour toutes les écoles, des diagnostics de sécurité, en partenariat avec la police nationale. Toutes les faiblesses des bâtiments sont repérées et les moyens nécessaires pour y remédier - alarme, éclairage, muret - sont listés. Tout le monde a encore en tête le saccage de quatre classes de l'école Jean-Monnet, en septembre, par des gamins de 8 et 11 ans.

Un précédent positif à Angoulême 
La médiation par les pairs, ça marche. À une condition : que tout le monde, dans l'établissement scolaire, soit volontaire et impliqué, explique Cédric Jégou, directeur de l'association de médiation Omega, en pointe sur ce terrain.

Il s'agit « d'interagir sur les comportements inadaptés. Sur les rapports filles-garçons, par exemple, détaille-t-il. Cette action intervient sur du temps périscolaire. À la récré, à la cantine, etc. » Elle est particulièrement pertinente sur les tranches d'âge de fin de primaire et début de collège, avant l'adolescence.

À Angoulême, cette action a été menée pendant trois ans, entre 2007 et 2010, à l'école George-Sand. Ses résultats, mesurés, sont probants. Ils ont même « débordé » positivement à l'extérieur de l'école. Évidemment, la médiation par les pairs n'est pas une baguette magique et ne résout pas tous les problèmes. Mais « on peut avoir bon espoir d'avoir un impact sur les comportements et la notion de citoyenneté dans cette tranche d'âge », résume Cédric Jégou.

Vendredi 16 décembre 2011 à 06h00
Par Natacha thuillier

SUDOUEST.fr